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Les Juifs et les Arabes par Emile M Tubiana

 

Les Juifs et les Arabes
par Emile M Tubiana

 

Il m’a été insinué plus d’une fois que je donnais plus d’importance aux Arabes de la Tunisie qu’au peuple juif et à Israël. Loin de là, et je tiens expressément de nouveau à me clarifier.

Je suis moi-même un fils du peuple juif, né en Tunisie et j’avais servi la cause juive lorsqu’Israël avait besoin de mon soutien et mon service. Je soutiens Israël quand celui-ci est en danger. J’ai un attachement naturel à la terre où je suis né et encore plus, un lien historique judéo-tunisien, qui date de plus de deux mille ans. Mais je n’ai aucun attachement politique avec aucun pays à part les Etats Unis. Je sens jusqu’à présent l’humiliation et la peine que l’holocauste avait causées et qui avaient envahi mon cœur et le  cœur de chaque juif là ou il se trouve. Le massacre de six millions de juifs avait créé des craintes et des méfiances dans les cœurs de tout le peuple juif. Après la deuxième guerre mondiale les dirigeants et les leaders arabes n'étaient pas à la hauteur de leur tâche et n'étaient pas en mesure de consoler et d'apaiser les esprits juifs angoissés, alors qu’ils avaient vécu en bon voisinage avec les juifs pendant des siècles. Un tiers du peuple juif a été massacré, le monde entier était passif, personne n'avait levé le doigt, pour empêcher ce massacre.

Le juif, qui jusqu'alors avait vécu parmi les peuples, avait perdu le sens de sa sécurité qu’il croyait avoir parmi ces peuples, il se voyait ne pouvoir faire confiance qu'à lui-même et prendre sa destinée et sa propre sécurité dans ses mains. Il s’était battu d’abord avec les Anglais, qui occupaient la Palestine d’alors, pour enfin avoir son indépendance. Les arabes, au lieu de voir en lui un voisin ou même un frère en détresse, voyaient en lui un ennemi, alors que c’étaient bien les juifs qui avaient mené une bataille bien orchestrée pour chasser les Anglais de ce qui restait de la Palestine, et ceci après que les Anglais avaient déjà créé la Jordanie, qui étaient une partie intégrante de la Palestine, sans tenir compte des juifs. Ce combat se faisait en trois actions, l’une diplomatique, l’autre relations publiques et la troisième action se composait de différente opérations militaires et psychologiques sur des différent fronts. Certains arabes de la région étaient bien contents de vendre leurs terres aux nouveaux immigrants, d’autres arabes étaient attirés vers les juifs  par le travail qu’avaient créé les premiers immigrants juifs de Russie et des pays de l’Europe de l’est. Ils voyaient en eux un des éléments qui apportent le progrès à la région et fertilisent cette terre aride, qui demandait un travail dur et dangereux dans certaines régions du nord, à cause des marécages qui attiraient les moustiques et les maladies fiévreuses.

Par l’influence des Anglais et de leurs leaders corrompus ils préféraient combattre ce nouveau voisin alors qu’en ce temps-là, la plupart des terres n’étaient même pas cultivées. Ces leaders cultivaient la haine au lieu de chercher un modus vivendi, qui aurait pu faire de la région un paradis au lieu des champs de bataille. Après l’indépendance d’Israël et après que celui-ci avait choisi d’être dans le camp de l’ouest et pas dans le bloc de l’est, les pays communistes qui avaient d’abord aidé Israël dans sa lutte contre les Anglais et qui croyaient l’attirer dans leur rayon d’influence, voyaient cette décision politique d’Israël comme un geste contre eux. Ils considéraient Israël comme une partie de l’ouest qu’il fallait combattre. Depuis, les pays de l’est devenaient ennemis à Israël et faisaient de tout pour contribuer aussi à développer la haine contre les juifs. Certains pays européens ont eux aussi joué un certain rôle en manipulant les pays arabes à devenir leur clients, croyant ainsi mieux servir leurs intérêts. Les simples arabes étaient troublés et ne voyaient plus qu’ils combattaient le seul peuple qui aurait pu justement les aider dans leur développement et leur expansion.

Israël était le seul dans la région à pouvoir les sortir de la misère où ils se trouvaient. Hélas, ils étaient emportés par le nationalisme. Les arabes avaient complètement oublié leur propre histoire et les siècles passés où les juifs étaient leurs seuls et meilleurs alliés. Ils avaient oublié l’inquisition où les musulmans et les juifs avaient été persécutés et finalement chassés d’Espagne. En Europe, après la deuxième guerre mondiale et après que les alliés avaient poursuivi les criminels de guerre et les avaient condamnés, la haine contre les juifs somnolait, car chacun craignait la persécution personnelle des forces alliées. C’était même la mode en ce temps-là d’être l’ami des juifs et d’Israël. La haine antisémite n’avait pas mis longtemps à ressurgir en Yougoslavie, particulièrement en Bosnie, à Kosovo, cette fois-ci contre les musulmans. L’exemple de l’intervention des forces américaines et européennes en Yougoslavie avaient créé l’illusion chez les leaders palestiniens qu’ils pouvaient provoquer Israël et tuer eux- mêmes leurs enfants et accuser les juifs, pour réveiller l’opinion publique, qui éventuellement s’alignerait contre Israël et irait jusqu’à menacer Israël ou même le combattre pour la cause palestinienne. L’exemple de l’enfant et de son père démontre bien cette analyse. A nouveau on tue et on se tue pour la juste cause de chacun. Tous ces mouvements négatifs m'attristent encore plus, car le monde a beau parler d'humanité, celle-ci reste bien sélective et change de visage du jour au lendemain. Un jour ce sont les uns que l'on tue, un autre jour ce sont les autres et demain on ne sait pas qui seront les victimes. Il est juste d’admettre qu’Israël n’avait pas confiance en ses voisins palestiniens et ceux-ci non plus n’avaient pas confiance en leurs voisins israéliens. Pour que la confiance se rétablisse, il faut que les deux parties reconnaissent qu’elles combattent un futur voisin et peut-être un futur allié mais pas un ennemi. Ils doivent créer le respect réciproque, ensuite vient la dignité, puis la confiance, qui sont les éléments prépondérants de la bonne entente chez les arabes et même chez les juifs sépharades et orientaux.

Ici résident les ingrédients nécessaires pour les interactions de toutes les parties en cause. Le manque de ces bases mène ces peuples et ces groupes à des réactions irrationnelles et même exagérées, que du reste je ne justifie pas. Elles se traduisent par des disputes, des révoltes, ou même par des massacres. En Europe il a fallu que les Etats Unies d’Amérique interviennent à nouveau. La vieille Europe n'a encore rien appris. Comme toujours, les Européens jouent encore comme les enfants, chacun croit étendre le champ de son influence. Ils osent encore critiquer les USA. De ma part ils ont beau critiquer le Yankee, mais ils doivent le reconnaître que le temps des gloires et des intrigues est passé. Ceux-ci n’avaient pas l’esprit de générosité que le simple Américain possède. La mesquinerie n’avance pas les choses. L’économie américaine fleurit justement grâce à la générosité d’esprit d’accepter d’autres opinions. La diversité des races, des couleurs et des religions contribue largement au progrès de l’Amérique. Ce n’est pas important si les Américains s’entendent entre eux ou pas. Le plus important c’est que l’un ne dérange pas l’autre et que l’un achète de l’autre. Ces échanges commerciaux du plus petit jusqu’au plus haut niveau permettent aux Américains de différentes ethnies de se côtoyer et de se connaitre. Alors qu’en Europe et ailleurs chaque religion ou nation croit que c'est maintenant leur tour de regagner leurs grandeurs d’un passé lointain ou plutôt d’un rêve que l’on traine et que l’on enseigne depuis des générations. Ce qui se passe aujourd’hui au Moyen Orient sont justement les résultats de ces gloires passées et de ces rêves que l’on prend pour une vérité. Le monde de demain ne ressemblera certainement pas à celui d'aujourd'hui. Il bouge constamment comme notre terre.

Il se régénère peut-être, mais les peuples se détruisent, parce que leur enseignement est resté en arrière, accroché toujours aux gloires du passé. Aucune paix ne peut être réalisée que par des signatures de traités ou par des guerres, l’homme doit murir et apprendre à accepter l’autre homme sans méchanceté et sans rancune. Je sais que mes paroles sonnent différemment dans chaque oreille, mais tant qu’on considère son prochain comme un ennemi qu’il faut détruire, et tant que l’esprit du sacrifice existe, l’homme n’a rien compris. Je ne crois pas que le Divin aime les sacrifices ou les tueries. L'homme a besoin d'être actif pour construire. Mais il faut qu'il apprenne à diriger ses forces vers la vie constructive, vers l'harmonie, vers le bon et le beau. Il doit surtout apprendre à vivre avec les autres, la nature a mis devant nous plusieurs exemples. Je garde malgré tout un profond espoir et une confiance mélangés avec une tristesse sourde. Le chemin est long, mais la créativité, la volonté et la sagesse humaines sont indispensables et ce sont elles qui l’emporteront. Comme avait dit Faysal en 1919, « ce n’est pas la terre qui manque, et les juifs et les arabes peuvent vivre en paix ensemble et prospérer. » Je le souhaite, du moins pour le bien-être des peuples qui vivent sur cette terre sacrée. Les peuples et les hommes finiront par comprendre qu'ils doivent vivre en harmonie. Les juifs, les musulmans et les chrétiens n’auront pas autre choix que de vivre ensemble en paix.

Les divisions entre Ashkénazes et Sépharades on les trouve aussi dans les cultures arabes de différents pays. On se demande si les Arabes sont unis ou pas et s'il existe une nation arabe (Umma). La religion musulmane aussi sépare les arabes en tant que Sunnites et Chiites, mais malgré tout, les arabes musulmans croient se reconnaitre comme une grande nation. Ils se reconnaissent aussi par la langue, par la chanson et par les mœurs ou le mode de vie. Mais en réalité en voyant le côté pratique dans les pays arabes on constate qu'ils sont plus divisés qu'on ne veuille le croire. Parfois je trouve que je suis plus proche d’un arabe tunisien que d’un arabe d’un autre pays. De même, un arabe tunisien a plus en commun avec un juif tunisien qu’un arabe d’un autre pays. La raison est simple. Quand les arabes avaient conquis la Tunisie, il y avait déjà des berbères autochtones et des bédouins juifs depuis des siècles, qui étaient venus directement d’Egypte après la sortie des juifs de ce pays. Ces juifs berbères et les berbères autochtones avaient ensembles combattu les conquéreurs arabes.   

Copyright Emile Tubiana. 

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Je suis un Berbère d'Afrique du nord (ou Amazigh méditerranéen), je ne partage rien avec les arabes et les musulmans. Je me sens plus proche des européens que des arabes et des musulmans en tous points de vue. Je n' adhère à aucune religion monothéiste.

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