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L'Espagne rouvre les bras aux Séfarades

L'Espagne rouvre les bras aux Séfarades

 

 

Liste des noms reconnus comme Sepharades par l'Espagne

 

Par Mathieu de Taillac

Une loi devrait accorder la nationalité espagnole aux descendants des Juifs expulsés en 1492.

L'Espagne tend les bras aux Juifs séfarades, 522 ans après les avoir expulsés. Le gouvernement de Mariano Rajoy prépare en effet une loi pour accorder la nationalité espagnole aux descendants des Juifs expulsés en 1492 par Isabelle la Catholique. La présentation de l'avant-projet de loi en Conseil des ministres vendredi dernier a suscité l'enthousiasme des millions de personnes potentiellement concernées. «Nous avons reçu 600 e-mails entre vendredi et lundi», calcule María Royo, la directrice de la communication de la Fédération des communautés juives d'Espagne (FCJE). L'organisme, interlocuteur officiel du gouvernement en matière de religion, devrait être l'une des autorités compétentes pour certifier l'origine des candidats à la nationalité, selon le texte provisoire préparé par le ministère de la Justice.

Les consulats ont confirmé un afflux très important de personnes venues s'intéresser aux modalités de la naturalisation. L'intérêt est particulièrement vif en Israël. Selon les calculs de la presse locale, plus de 3 millions d'Israéliens sont susceptibles de revendiquer des origines séfarades. Plusieurs journaux ont publié des listes de noms séfarades, le patronyme étant l'un des indices que Madrid étudiera avant de concéder la nationalité. La présentation d'un certificat établi par les autorités rabbiniques locales, l'existence de liens familiaux avec des Juifs espagnols ou encore la pratique du judéo-espagnol (la langue dérivée du vieux castillan et de l'hébreu et héritée par la diaspora), seraient également prises en compte.

Les excuses du roi

Le gouvernement, qui en septembre a ouvert le droit de résidence aux étrangers investissant au moins 500.000 euros dans l'immobilier, affiche cette fois-ci une motivation purement symbolique. La mesure s'inscrit dans un contexte de réconciliation entre l'Espagne et le judaïsme, que le roi Juan Carlos avait encouragée en 1992. Le chef d'État, à l'occasion du 500e anniversaire de leur expulsion, avait présenté des excuses aux Séfarades.

Certains candidats à la nationalité peuvent toutefois avoir des motivations plus pratiques. María Royo cite les cas du Venezuela et de la Turquie, où «la possession d'un second passeport peut rassurer les Juifs qui craignent une dégradation du climat à leur égard». Elle écarte en revanche l'idée que des raisons économiques puissent pousser les naturalisés à s'installer «dans une Espagne en crise». Outre l'État hébreu, le Maghreb, l'Amérique latine et les Balkans sont parmi les grandes régions de résidence des Séfarades.

«La possession d'un second passeport peut rassurer les Juifs qui craignent une dégradation du climat à leur égard.»

Jusqu'à présent, les descendants des Séfarades avaient deux accès possibles à la nationalité espagnole. Par la résidence, après deux ans seulement de vie en Espagne - un délai favorable accordé également aux ressortissants de certaines anciennes colonies espagnoles - ; et par une procédure discrétionnaire, la «carta de naturaleza», par laquelle le Conseil des ministres peut accorder la nationalité par décret. «Il s'agit d'une voie très complexe, juge Fernando Vara de Rey, directeur de la communication du Centro Sefarad-Israel, un institut culturel public placé notamment sous le patronage du ministère des Affaires étrangères. Les pouvoirs publics se sont rendu compte que les procédures existantes ne correspondaient pas à la demande des Séfarades à l'étranger. La communauté juive se réjouit de ce projet.» L'Espagne n'obligera pas à renoncer à la nationalité d'origine.

En dehors des associations hébraïques, qui ont été associées à la préparation du texte, le projet a pris les Espagnols par surprise. À gauche et dans la communauté musulmane, certains proposent d'offrir les mêmes facilités aux descendants des Morisques. Ces musulmans, convertis de force au christianisme après la Reconquista, avaient été expulsés d'Espagne à partir de 1609.

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