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Street Art : Les tagueurs font chanter les murs de Tunis

Street Art : Les tagueurs font chanter les murs de Tunis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une peinture murale où se côtoient graffitis, tags, calligraphies, dessins... est en cours de finalisation sur le mur d'enceinte du siège du Rassemblement constitutionnel démocratique (Rcd), ex-parti au pouvoir. De quoi redonner ses couleurs à la révolution tunisienne.

Par Yüsra N. M'hiri

Ce mur de 130 mètres, à l'entrée de la capitale, est décoré à l'initiative du ministère de la Culture, de la Mairie de Tunis et de l'Union des artistes plasticiens Tunisiens. L'opération a réuni de jeunes artistes tunisiens et étrangers, membres de l'association Beyond Walls («Au-delà des murs»), autour d'un programme mettant en exergue les valeurs humaines...

Quand les murs percent le silence

Le Street Art, nous y sommes à peine habitués en Tunisie, mais les citoyens commencent à s'y familiariser. Dans le monde, historiquement, les murs ont toujours parlé pour dénoncer des faits, rapprocher les gens, ou simplement transmettre des messages sociopolitiques.

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Une pause, un échange, une recontre...

En effet, le graffiti a toujours été une arme pacifique mais redoutable, car il transmet des messages parfois subversifs: la révolte de Mai 1968 en France, le Mur de Berlin de 1961 à 1989, le Mur de Gaza depuis 2002, autant de moments où la tension politique a été exprimée par les messages citoyens peints sur les murs des villes.

Il en a été de même pour la Tunisie après la chute de la dictature de Ben Ali, lorsque les murs, jadis blancs, silencieux et figés, se sont mis soudains à parler. Avec la révolte populaire de décembre 2010- janvier 2011, les rues tunisiennes ont, en effet, pris vie et couleurs à travers des tags, qui appelaient à la liberté d'expression, au démantèlement de la police politique et même à la légalisation du cannabis...

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Sukouyoung et son fils de la Corée du Sud.

Beyond the Wall travaille, cette semaine, pour que le mur d'enceinte du l'ex-siège du Rcd, qui, autrefois, protégeait le symbole de la dictature et de l'oppression, transmette un appel à la fraternité, à l'amour et à la paix.

Le travail des couleurs et des formes donne lieu à un tableau grandeur nature. Cela peut aller de simples lettres calligraphiées jusqu'à des fresques entières.

Les jeunes, dans une ambiance décontractée, mais souvent confrontés au soleil estival tunisien (ils ne s'en plaignent que très peu) se sont laissés emporter par leur inspiration et leur imaginaire débridé, pour retranscrire des messages qui, à travers des lettres, des dessins et des motifs, figuratifs ou abstraits, exaltent les valeurs humaines.

Brian Manley, coordinateur du projet, venu des Etats-Unis, coache les jeunes et les incite à pratiquer un art utile, qui profite à la communauté, en embellissant la ville et en lui redonnant des couleurs. «C'est une opportunité pour les jeunes de s'exprimer et de transmettre des messages, dont la Tunisie a fortement besoin en cette période de transition démocratique», explique-t-il.

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Rayan l'Américain, peintre designer...

Une passion qui rapproche

Dans un premier temps, le projet consiste à optimiser l'esthétique de la ville mais également à rapprocher les jeunes de diverses cultures et à encourager ainsi le dialogue interculturel. D'ailleurs, des relations d'amitié se sont créées entre les artistes. Aziz, qui a fait le déplacement depuis l'Egypte, jeune étudiant à l'Université américaine du Caire, explique: «Je voulais venir voir ce pays et sa jeunesse qui ont eu l'audace de dire non avant tout le monde. Le printemps arabe a eu lieu ici!», explique-t-il, les yeux émerveillés.

Ce melting-pot d'artistes, venus de la Corée comme Sukyoung, de l'Egypte comme Sarah, ou de Zimbabwe comme Tatenda, accompagnent Khaled, Emna, Ghazlen et les 10 autres Tunisiens dans cette aventure artistique.

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Brian Manley, coordinateurs du proje, au premier jour, le mur était encore blanc...

Ces jeunes souhaitent faire prévaloir la dimension culturelle du mouvement Beyond the Wall, et non pas être aperçus comme des paumés ou des marginaux qui se «défoulent» en peignant leurs fantasmes sur un mur. Au contraire, ils désirent voir leur projet s'étendre au-delà des murs de la capitale. «Le graff ne doit pas s'arrêter à un rôle dénonciateur ou de contre-pouvoir. Assez de broyer du noir, nous avons besoin d'espoir», explique Wajdi, le pinceau à la main. D'ailleurs, les messages peints sur le mur de l'Avenue de la République magnifient les idéaux de «démocratie», «fraternité» «développement», «sagesse», «diversité» et «paix». Comme quoi les jeunes peuvent contribuer, eux aussi, à reconstruire leur pays sur de nouvelles bases.

Illustration: Tatenda du Zimbabwe.

 

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