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Vous avez le "salut de Joinville" Par Marine Journo

 

Vous avez le "salut de Joinville" (info # 010308/12) [Réinformation]

Par Marine Journo © Metula News Agency

 

En 1936, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques organisés à Berlin, la délégation française a défilé devant le Führer, le bras droit tendu vers le ciel, dirigé vers la droite.

 

Le salut hitlérien spontané des athlètes de l’Hexagone à l’occasion du rassemblement sportif, durant l’entre-deux-guerres, était-il le révélateur d’un mal incurable dont souffrirait le « pays des droits de l’homme » ? Un antisémitisme rampant, toujours à l’affût d’un alias de légitimité dans lequel il peut s’exprimer sans trop choquer.

 

Le 1er août 1936, tandis que les JO s’ouvrent en Allemagne, en France, le Front Populaire commence tout juste à gouverner. Ce régime de gauche, élu à peine quatre mois auparavant, n’a, a priori, aucune affinité avec Adolf Hitler et le IIIème Reich. Trois ans après la mise en branle de la dictature nazie, le chancelier à moustache ne fait, quant à lui, aucun mystère de sa haine des Juifs. L’on sait qui est Hitler, et quels sombres desseins racistes il nourrit.

 

Pourquoi les sportifs français se sont-ils alors pliés à la mode du salut nazi, au même titre que les Italiens de l’Axe et les frères autrichiens ?

 

Cette question mérite d’être posée, étant donné le contexte politique français d’alors, qui ne laissait présager aucune sympathie à l’égard de l’idéologie hitlérienne. Au contraire, Léon Blum, le président du Conseil sous le gouvernement du Front Populaire – juif – avait envisagé le boycott de la compétition sportive, du fait qu’elle était organisée par et dans l’Allemagne hitlérienne.

 

L’un des démons tricolores s’exprime à travers ce tableau. Une propension des Français à ramper devant le plus fort s’illustre ainsi, au gré des bras tendus et des sourires affables en direction des dignitaires nazis. S’agit-il d’une marque de « respect » dû à un régime établi ? Encore eût-il fallu qu’il soit respectable. Non, la délégation française s’humilie devant Hitler, sans rien ignorer des idéologies qu’il propage.

 

Rien ni personne n’avait imposé aux athlètes de s’acquitter de ce signe symbolique, pas plus que le « Heil Hitler » ne prévalait sur les réglementations olympiques. En 1936, à Berlin, la France faisait partie de ces rares pays ayant défilé devant la tribune officielle selon les codes nazis, tandis que les athlètes des Etats respectables avaient préféré défiler selon des procédures plus classiques – têtes découvertes ou salut militaire – ou tout simplement sans saluer.

 

Cette preuve de sympathie témoignée au dictateur germanique de la part de l’Hexagone demeure d’autant plus questionnable qu’elle a été officiellement désavouée.

 

Devant la polémique créée par les ovations et les applaudissements du public allemand, reconnaissant le salut nazi, les Français ont argué qu’il s’agissait en réalité du salut olympique.

 

Or, ledit salut consiste à plier le bras droit, puis le tendre vers le haut – et non vers la droite ! , presque à la verticale.

 

Pierre de Coubertin, le rénovateur des Jeux Olympiques, avait abondé dans le sens du prétexte du salut olympique, invoquant le « salut de Joinville » pour dédouaner ses concitoyens. Une argutie tellement « française », qui en rappelle tant d’autres à ceux qui en ont souffert et qui en souffrent encore.

 

Personnellement, elle m’inspire instinctivement la comparaison avec l’accusation lancée à la face des Juifs, de vouloir censurer les « braves journalistes français » d’Un œil sur la planète, chez qui « ils » n’ont noté aucune démarche qui contreviendrait à la déontologie. Ils, ce sont les producteurs de l’émission, la direction de la chaîne, le CSA et TOUS les syndicats de journalistes de l’Hexagone.

 

Sur l’air de « calmez-vous, les Juifs, vous voyez des symboles nazis partout, vous ramenez toujours tout à vous, vous ne supportez pas la critique ! ».

 

Pourtant, il faut être empli d’une authentique rage pour pouvoir affirmer que les militaires israéliens tirent, chaque jour, à tir tendu – POUR LES TUER !! – sur les agriculteurs palestiniens de Gaza. La réaction de la classe politique (ou son apathie) et de la mafia journalistique française me permet d’imaginer ce que fut l’ambiance autour des Israélites français après le défilé d’ouverture de 36. Honnêtement et intellectuellement, la différence entre 1936 et 2012 ne paraît pas évidente.

Un détail encore sur Coubertin : le baron était un fervent admirateur du dictateur allemand. Et il ne fut pas le seul, loin s’en faut, dans le mouvement olympique.

 

Aujourd’hui encore, cet acte n’est pas assumé, et les media tricolores qui évoquent cette polémique continuent de prétendre que ce salut nazi n’en était pas un. Cette posture maintenue inconditionnellement, même devant la réalité des faits, n’est pas sans rappeler également la mauvaise foi poisseuse de certains journalistes et rédactions parisiens, qui défendent effrontément des positions scientifiquement indéfendables. Je fais référence ici à la controverse de Nétzarim, l’accusation d’assassinat d’un enfant palestinien portée à l’encontre des soldats israéliens.

 

Ou encore, l’épisode du tracteur conduit par un Hébreu qui aurait roulé intentionnellement sur le corps d’un ouvrier en bâtiment palestinien dans la localité d’Al Dirat. Devant les preuves irréfutables fournies par la Ména, démontrant qu’il s’agissait d’une énième mise en scène destinée à diaboliser les Juifs, la direction régionale et nationale de l’Agence semi-publique France Presse, nous a refait le coup du « salut de Joinville » !

 

Quand ils ne nous raccrochaient pas au nez, ils expliquaient : la victime a été examinée dans un hôpital – un diagnostic qui a fait littéralement hurler de rire tous les médecins auxquels nous l’avons soumis ! -, « nous n’avons aucune raison de mettre en doute la probité de notre photographe ! », « il y avait d’autres journalistes présents sur les lieux ! ».

Décidément, les tracteurs de l’Etat-France ne disposent pas de la marche arrière.

 

Non seulement Hazam Bader, ce nouveau faussaire antijuif n’a-t-il pas été immédiatement mis à pied, non seulement l’AFP n’a-t-elle pas effectué de contre-enquête digne de ce nom, mais elle offrira probablement une promotion à ce reporter exemplaire – presque aussi doué que Talal Abou Rahma, le réalisateur de Nétzarim -, tout comme elle a donné de l’avancement à Charles Enderlin. Et le pouvoir français, pour bien montrer aux Juifs indignés de quel côté les poissons font pipi, a décerné la légion d’honneur au commentateur du non-assassinat de Nétzarim.

 

Ou l’art de dire, dans un même souffle : « Juifs, fermez-la ! » et « Nous combattrons l’antisémitisme avec tous les moyens dont nous disposons ! ». Cela aurait un effet comique certain si ce genre de contradiction ne poussait pas des esprits fragiles, en France, à la violence et au (vrai) meurtre.

 

Ces différents événements itératifs, qui se ressemblent à travers les décennies, ont ceci en commun – cessons donc de nous voiler la face ! – qu’ils participent de l’antisémitisme à la française, subreptice, non avoué mais combien persistant.

Il réside dans les fondements de l’intelligentsia tricolore et se révèle aujourd’hui, perceptiblement, dans les media et les logorrhées des intellectuels antijuifs.

Ainsi, l’antisémitisme de l’avant-guerre, marqué par l’affaire Dreyfus – qui incarne au mieux le dogme antijuif -, serait similaire à celui de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’à celui de l’après-guerre et à l’antisémitisme actuel.

Lorsque l’on peut lire dans les colonnes de journaux français, à l’instar du dossier du Nouvel Observateur, « Voyage au bout du nouvel antisémitisme », ou, dans les colonnes de Marianne, que « le nouvel antisémitisme » est le fait de « beaucoup de jeunes musulmans », on s’imaginerait à tort que le fléau antisémite a changé de forme et que ses initiateurs en sont différents.

En fait, il n’en est rien. Les petites mains diffèrent peut-être, mais les responsables, les théoriciens, en demeurent les mêmes. Même si ces derniers font mine, aujourd’hui, de condamner les actes antisémites, et de feindre d’ignorer qu’ils en sont à l’origine. On saisit alors dans quelle mesure l’affaire Dreyfus et l’affaire Dura relèvent des mêmes milieux et de la même fixation antijuive, qui se drape désormais des oripeaux de l’antisionisme [le dernier en date des alias de légitimité].

Ce « nouvel » antisémitisme, qui s’est dramatiquement matérialisé en la personne de Mohamed Merah, le sextuple assassin, désigne de faux coupables. Les premiers à blâmer ne sont pas les islamistes français, mais bien ceux qui répandent une justification à leur haine et à leur colère à l’endroit des Juifs, voire les y encouragent indirectement.

Les intellectuels tricolores véhiculent en effet les traditionnels clichés antisémites – le Juif est riche, sectaire, c’est un être assoiffé de pouvoir et d’argent, un lâche qui s’en prend toujours aux plus faibles, aux enfants chrétiens pour préparer les pains azymes avec leur sang, selon la police tsariste, à Mohamed Dura, selon France Télévisions -. Ils sont, dans cette terrible imposture, relayés par les media et les journalistes, qui propagent servilement la peste antisémite.

Durant l’entre-deux-guerres, la presse affichait un antisémitisme virulent et non dissimulé. C’était autorisé par l’air du temps. En 1939, le journaliste Robert Brasillach écrivait ainsi, dans Je suis partout : « Ce que nous appellerons l'antisémitisme (veuillez bien lire, je vous prie) devient, chaque jour, une nécessité plus urgente ».

Les Juifs étaient perçus et décrits, tant par la gauche que par la droite, comme des citoyens illégitimes, des profiteurs qui s’enrichissent, au détriment de l’intérêt national, là où ils le peuvent. Le film « La Grande Illusion », de Jean Renoir, met en scène un soldat juif français, Rosenthal, alors prisonnier des Allemands, durant la 1ère Guerre Mondiale. Il n’est attaché à la France que parce qu’il y a prospéré, et étale fièrement ses richesses devant les autres soldats, des « français de souche » qu’il méprise et moque, se vantant de les avoir spoliés.

Pour Charles Maurras, directeur de l’Action française, le quotidien d’extrême droite fondé en 1908, les Juifs « (…) sont montés trop haut chez nous. Notre antisémitisme d'Etat consiste à leur reprendre, à leur interdire ce qu'ils ont pris de trop, et en premier lieu, la nationalité française ».

Cette mentalité antijuive diffusée tant dans les journaux que dans les films et les discours politiques – des partis d’extrême droite comme de gauche – en France aboutit à des propos incitant clairement au meurtre : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits », écrira Robert Brasillach, ralliant ainsi les méthodes nazies pour en finir avec « la question juive ».

La France de Pétain est d’ailleurs passée de la théorie à la pratique, en insistant auprès de l’occupant allemand pour que les enfants accompagnent leurs parents lors de la Rafle du Vel d’Hiv de 1942, et des déportations qui s’ensuivirent.

Aujourd’hui, de tels propos seraient condamnés par la justice française. Toutefois, les media ne demeurent pas en reste et perpétuent l’infâme tradition antisémite, mais d’une autre façon : sous couvert de l’antisionisme.

Ainsi, ce qui était reproché aux Juifs l’est désormais à Israël et ses « colons ». Critiquer les Juifs est interdit par la loi. En revanche, critiquer un pays dans son ensemble, tout en mentant sur les faits qu’on lui reproche, est tout à fait acceptable. On va, dans les colonnes du Monde, et sous la plume d’Edgar Morin – un Juif ! – dénoncer leur propension atavique à maltraiter les non-juifs.

L’antisionisme n’est pas né devant le caméraman de Charles Enderlin ; il réutilise les idées antisémites et les attribue à l’Etat hébreu, qui devient un pays dominateur, ne percevant que son intérêt propre sur la scène internationale, et opprimant les plus faibles – les Palestiniens -. D’ailleurs, et c’est un parallèle persistant de ce délire, de même que les Juifs français ne méritaient pas leur nationalité, Israël ne mérite pas de posséder une terre.

Les Israéliens sont devenus le nouveau Juif errant, le Juif puissant et sans morale du monde, qu’il faut éradiquer, ce qui constitue la plus urgente des nécessités pour nombre d’intellectuels contemporains.

Certains, enfin, s’exemptent de passer par la case « antisionisme » et se contentent de reprendre les vieux clichés antisémites, toujours d’actualité, à l’instar de Jean-Marie le Pen, qui dénonçait un pouvoir qui serait « aux mains des Juifs » – idée classique du Juif puissant -.

Ou encore des propos d’un Alain Soral, l’ « intellectuel » ayant milité au parti communiste avant de rejoindre le Front National, repris par son ami, l’ « humoriste » Dieudonné, également « homme politique ». Les deux compères n’hésitent pas à assimiler publiquement le judaïsme à une « secte » – le réputé sectarisme juif – privilégiée et ne méritant pas sa place dans la société française.

Le prétexte de l’antisionisme recèle aujourd’hui toutes les anciennes croyances antisémites mystiques, ancrées dans les mentalités françaises, qui ne sont pas près de disparaître. Depuis le salut hitlérien des athlètes tricolores en 1936, rien n’a vraiment changé, en dépit des apparences de modernité et de progrès. Sinon, qu’à cette époque-là, les Français avaient au moins le mérite d’assumer leurs haines les plus profondes.

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