PROTÉGER L’ENFANCE! L’Affaire Lyhana, par René Seror

PROTÉGER L’ENFANCE! L’Affaire Lyhana, par René Seror




Dans le jardin défait des enfances trahies,
Où l’aube avait tissé ses clartés adoucies,
Un vent noir s’est levé, funeste et dévorant,
Comme un hiver sans fin sur un printemps mourant.

Les rires d’autrefois, perles de l’innocence,
Se sont noyés soudain dans l’épaisse souffrance ;
Et les jouets muets, témoins abandonnés,
Gardent au fond du bois leurs sanglots enchaînés.

Ô Lyhana ! Ton nom, pareil à une étoile,
Traverse notre nuit comme une ardente voile ;
Il éclaire à jamais les regards éperdus
De ceux que le destin a laissés suspendus.

Car des adultes, ceux qu’on croyait protecteurs,
Ont déchiré le ciel des jeunes cœurs trembleurs ;
Ils ont souillé l’autel où repose l’enfance,
Profanant la confiance avec leur violence.

Et la lune elle-même, au-dessus des chemins,
Semblait cacher son front dans ses pâles deux mains ;
Tant la honte pesait sur la terre accablée,
Comme un manteau de cendre à l’ombre redoublée.

Que dire de ces yeux où vacille la peur ?
De ces silences lourds plus profonds que le deuilleur ?
Des nuits dont chaque heure est une mer sans rive,
Où la douleur s’étend, sourde, lente et captive ?

Les anges des berceaux pleuraient dans les ramures,
Leurs larmes de cristal ruisselaient sur les murs ;
Et les pierres elles-mêmes, émues par tant d’effroi,
Semblaient porter le poids d’un indicible émoi.

Pourtant, dans le lointain des ténèbres humaines,
Une flamme subsiste au cœur des grandes peines ;
Car la vérité marche, inflexible flambeau,
Et poursuit le mensonge au bord de son tombeau.

Que justice se lève avec sa voix sévère,
Plus haute que l’orgueil, plus forte que la terre ;
Qu’elle rende aux enfants, meurtris mais valeureux,
Le droit sacré de vivre un avenir heureux.

Et que nul n’oublie jamais, sous les cieux immenses,
Le prix d’une enfance et ses fragiles semences ;
Car chaque enfant blessé est un monde qui meurt,
Et chaque main tendue rend un battement au cœur.

Alors le nom de Lyhana, dans la mémoire humaine,
Ne sera pas seulement celui d’une peine ;
Mais l’écho solennel, dans les siècles futurs,
D’un appel à protéger les plus fragiles et purs.


René Seror
French