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Destin d'un Juif de Chine, par Remi Huppert

Destin d'un Juif de Chine, par Remi Huppert

 

 

Une recension de Jean-Pierre Allali

Les ouvrages relatifs aux Juifs de Chine sont assez rares (1) pour qu'on ne salue pas la sortie du roman de Remi Huppert avec sympathie. D'autant plus que le livre qu'il nous propose est tout simplement remarquable. Envoûtant même. Pour nous raconter la saga des Juifs de Chine et plus précisément celle des Juifs de Harbin, Remi Huppert met le récit dans la bouche du héros principal de son livre, Vladimir Kaspe, fils de Yosef Ouzielev Kaspe et de Malka Semnyovna Zaitchik, né le 20 avril 1910. Un an auparavant, le 29 mars 1909, son frère aîné, Semyon Zaitchik, avait vu le jour. Natifs de Cherikov, en Biélorussie, Yosef et Malka avaient fui les pogroms en 1906 pour s'installer en Mandchourie.

 

Harbin, un million de Chinois, cent mille Russes et dix mille Juifs. Yosef, alias Tate, inscrit très jeunes ses enfant au heder, l'école juive de Zhong Yang Da Jie. Plus tard, ils rejoindront un établissement public.

On découvre, au fil des pages, la vie rude et les mœurs souvent dissolues de Harbin, une ville de boue et de bois. Yosef n'a qu'une ambition, mais de taille : devenir riche. Il y parviendra, réalisant son rêve en construisant, au centre de la ville, le long de la Kitaïskaia Ulitsa, à mi-chemin entre la nouvelle gare ferroviaire et la rivière Song-Hua, un palace, l'Hôtel Moderne, qui sera inauguré avec faste au moment même où la Première Guerre mondiale est déclarée.

Le succès est immédiat, foudroyant même. Yosef Kaspe devient l'un des bourgeois les plus en vue de Harbin. Il peut, dès lors, se permettre d'envoyer ses deux fils en France afin de poursuivre leurs études. Vladimir opte pour le métier d'architecte et Semyon pour celui de musicien.

Le malheur, hélas, sera bientôt au rendez-vous. En 1932, pianiste désormais célèbre, Semyon Kaspe, sollicité par son père, revient en Chine pour une tournée de concerts. Il est kidnappé et une forte somme est exigée pour sa libération. On soupçonne longtemps des bandits chinois ou japonais. En fait, Semyon est victime d'antisémites russes. Yosef répugne à débourser la rançon par calcul ou par avarice, condamnant son fils à la mort. Les Kaspe vont aller de déboire en déboire. Une partie de la famille se retrouve en France sous le régime de Vichy avant de fuir pour le Mexique. Vladimir consacrera une grande part de son temps et de son énergie à conserver et à honorer la mémoire de son frère.

Un roman magnifique.

Notes :

(*) Éditions Michel de Maule. Juillet 2014. 288 pages. 20 euros.

(1) Le lecteur intéressé par ce sujet pourra, entre autres, consulter « L'aventure de Chang-Haï » de Ye'hezqel Leitner. Éditions Kountrass, Jérusalem, 1989, « Sauvés par Changhai » de Haïm Lipschitz. Éditions Emounah, Ramat Gan, « Le berceau de bambou. Histoire d'un père juif » d'Avraham Schwartzbaum. Éditions Marome, 1990 , « Les Juifs de Shanghaï » d'Isabelle Martinet. Éditions Romillat, 2008 et le roman de Michèle Kahn « Shanghaï-la-Juive », Éditions Flammarion, 1997. Dans un domaine voisin, on pourra lire « Histoire inconnue des Juifs et des Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale» de Marvin Tokayer et Mary Schwartz. Éditions Pygmalion, 1

CRIF

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Le roman "bonsoir la rose", de CHI Zijian, traduit du chinois, aux Éditions Philippe Picquier, retrace aussi l'histoire des juifs à Harbin. L'auteur mentionne plusieurs fois l'hôtel Moderne et la famille du propriétaire, sous le nom de Gainsbourg (!), et aussi l'enlèvement du fils qui sera assassiné.

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