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Iran : Israël n’attendra pas l’automne

Iran : Israël n’attendra pas l’automne (info # 011607/13) [Analyse]

 

Par Stéphane Juffa ©Metula News Agency

 

Une forte tension règne autour de la réunion des 5+1 qui s’ouvre ce matin à Bruxelles, au siège de l’Union Européenne, sous la présidence de Catherine Ashton, la cheffe de l’UE pour les matières attenantes à la Politique Sécuritaire et aux Affaires Etrangères.

 

Les six grandes puissances de la planète doivent désormais gérer deux problèmes : l’évolution de la "République" Islamique vers l’arme atomique et l’avertissement de plus en plus pressant d’Israël, indiquant de diverses manières tangibles qu’elle interviendra militairement plutôt que de laisser l’Iran parvenir à ses fins.

 

Dimanche dernier, invité sur CBS News, le 1er ministre Binyamin Netanyahu a déclaré que les ayatollahs avaient à ce jour enrichi 190 kilos d’uranium à 20 pour cent, et qu’il leur en fallait 250 pour fabriquer leur première arme nucléaire.

 

C’est ce que Netanyahu a délimité comme étant la ligne rouge d’Israël, ce que nous appelons communément à la Ména le point de non-retour. Nous, d’ajouter pour la précision des choses, que les Perses devront ensuite porter la pureté du minerai à 90 pour cent et plus, mais que cela ne pose pas de réels problèmes scientifiques, et qu’il devront intégrer l’uranium dans le mécanisme d’une bombe.

 

Reste que s’ils disposaient de 250 kg de minerai enrichi à 20 pour cent, plus rien ni personne ne pourrait les empêcher de parvenir à leur but, ce qui explique la position de Jérusalem.

 

Dans la capitale des Hébreux on redoute que la communauté internationale, obnubilée par les événements d’Egypte et de Syrie, ne "perde son sens des urgences", comme Netanyahu l’a répété devant les caméras de CBS.

 

Ce qu’il n’a pas pu dire est qu’ici, on a une confiance de plus en plus limitée dans les capacités américaines de saisir les particularités des réalités internationales, en général, proche-orientales, en particulier.

 

On est dérangé par l’enthousiasme exprimé en Occident après l’ "élection" d’Hassan Rohani à la présidence du régime de Téhéran. Entre autres, on ne saisit pas les déclarations de hauts responsables U.S. affirmant qu’ils considèrent la victoire de Rohani comme un "développement positif de nature à générer un changement d’attitude" à la tête de la théocratie chiite.

 

Les stratèges israéliens rappellent que les conditions de la tenue de la campagne électorale et du vote qui s’en est suivi couronnant Rohani, ne furent pas démocratiques du tout, qu’un scrutin démocratique ne pouvait raisonnablement se tenir que dans un Etat démocratique, et que le nouveau président n’est qu’une marionnette entre les mains du guide suprême Ali Khamenei, qui l’a choisi et qui lui donne ses ordres.

 

Les officiels américains parlent également des "promesses de campagne" de Rohani, qu’ "ils désirent le voir tenir". Or, en fait, Rohani, s’il a présenté ses espoirs de voir les relations avec l’Occident s’améliorer, et dit qu’il agirait en vue de l’abrogation des sanctions économiques contre son pays, n’a jamais déclaré qu’il entendait abandonner le projet de la bombe atomique chiite. Au contraire, il a réaffirmé que les travaux d’enrichissement se poursuivraient. Et ce genre de vœux pieux, dans la bouche de membres éminents de l’administration Obama attachés au dossier iranien, ne manque pas d’inquiéter les experts israéliens.

 

A Jérusalem, on est convaincu que l’élection de Rohani remplit deux objectifs : gagner du temps pour endormir les Occidentaux jusqu’au franchissement de la ligne rouge, et aménager une solution d’abandon du projet de bombe atomique, mais au seul cas où il apparaîtrait aux ayatollahs que les Etats-Unis ou Israël sont très sérieusement décidés à en découdre avec eux au cours d’une confrontation militaire, qu’ils savent ne pas être en mesure de soutenir.

 

Or les indices démontrant la volonté de Khamenei de gagner du temps ne manquent pas. Ainsi, le choix de la date de l’intronisation d’Hassan Rohani, le 3 août prochain, alors que les "élections" se sont déroulées le 14 juin dernier, soit près de deux mois avant la passation de pouvoir. Et, bien évidemment, à Téhéran, on explique qu’il faudra au nouveau président deux semaines au moins pour nommer ses ministres ; en d’autres termes, il n’y a pas de négociations possibles avant septembre. Or sur CBS, M. Netanyahu a déclaré que les scientifiques de la "République" Islamique ne se trouvaient plus "qu’à quelques semaines", non à quelques mois, du franchissement du point de non-retour.

 

Ce qui dérange aussi les Israéliens est la proposition actuellement sur le tapis, envisagée par l’administration yankee, d’alléger sensiblement les sanctions contre un engagement vérifiable des Iraniens de cesser l’enrichissement à 20 pour cent, voire d’abandonner une partie de l’uranium déjà enrichi à ce degré de pureté.

 

Sur ce point on peut carrément parler de désaccord entre Jérusalem et Washington, puisque les fonctionnaires hébreux répondent à leurs homologues des rives du Potomac qu’ "ils s’opposeront totalement à une proposition de cette sorte parce qu’elle n’offre pas une solution réelle". Ils expliquent que les Perses ont développé des centrifugeuses performantes capables de "reconstituer les stocks (d’uranium hautement enrichi) en quelques semaines".

 

Le 1er ministre israélien a été on ne peut plus ferme quant aux intentions de son cabinet et de ses analystes stratégiques, déclarant : "Ils s’approchent (de la ligne rouge), mais ils doivent comprendre qu’ils ne seront pas autorisés à la traverser". Il a précisé sa pensée, si cela était encore nécessaire, assénant : "Les Iraniens auraient terriblement tort s’ils pensent qu’Israël leur permettra de confectionner une bombe atomique !".

 

Quant au calendrier que Khamenei tente d’imposer au monde, répondant à une question de l’animateur de l’émission Bob Schieffer qui lui demandait : "Quand prendrez-vous la décision d’attaquer ou non l’Iran ?", le 1er ministre a expliqué : "Je peux vous dire une chose : avant qu’il ne soit trop tard !".

 

L’Etat hébreu ne se contente pas des déclarations de Netanyahu et de ses spécialistes pour faire connaître sa détermination. Il multiplie les exercices dans des proportions qui n’avaient pas été observées depuis des décennies. Et il fait aussi étalage de ses capacités militaires… La semaine dernière, Tsahal a déployé un nombre impressionnant de batterie d’intercepteurs de missiles balistiques, ses célèbres Khetz (flèche).

 

Le commandant de l’unité des Khetz - qui, pour l’occasion, avait convoqué ses réservistes et tout le personnel dont elle dispose -, le Lieutenant-colonel Uri Eyal, a simplement déclaré sur le site Internet de l’Armée de l’Air : "Nous simulons des scénarios opérationnels et de bataille sous un feu nourri".

 

Et vendredi dernier, les Israéliens ont même tiré un missile balistique Jéricho de la dernière génération, pouvant transporter une tonne de charge utile à 7 000 kilomètres de distance, avec une précision d’impact de l’ordre de cinq mètres. Selon la presse étrangère spécialisée, l’Etat hébreu dispose de centaines de ces engins qui peuvent être équipés d’armes nucléaires.

 

Ces messages sont destinés à Khamenei par-dessus la tête des 5+1 ; ils sont aussi adressés aux six puissances dont les représentants discutent ce matin à Bruxelles, les informant que Jérusalem ne se pliera pas à n’importe lesquelles de leurs décisions. Avec cette remarque du chef de notre exécutif, par l’entremise des caméras de CBS : "Nous sommes plus proches [de l’Iran] que les Etats-Unis et donc plus vulnérables. Nous serons donc amenés à considérer la question comment arrêter l’Iran avant les USA".

 

Est-ce à dire que Jérusalem récuse à l’avance toute solution négociée avec Téhéran ? Que non pas. Mais on rappelle ici que les pourparlers ont été entamés avec les ayatollahs dès 2003 et qu’une dizaine de propositionsdiverses et variées leur ont été soumises jusqu’à maintenant, sans jamais que les Iraniens acceptent de débattre de l’abandon de leur programme nucléaire militaire. Cela fait dix ans qu’ils se moquent du monde, témoignent nos interlocuteurs proches du gouvernement israélien. "Maintenant, nous n’avons plus le temps de jouer", me confirme l’un d’eux, "Mme Ashton doit également le comprendre".

 

L’Etat hébreu adresse ses attentes aux participants à la réunion de Bruxelles, non à Saëd Jalili, le chef négociateur iranien ; les Israéliens souhaitent un durcissement supplémentaire des sanctions économiques – et non leur allègement –, une cessation immédiate et sans conditions des activités d’enrichissement, et surtout, une pression militaire sur le terrain afin que la position des diplomates devienne crédible. De l’opinion des analystes israéliens dont je suis, c’est l’unique façon d’échapper à la guerre.

 

"Il faut démontrer par l’action que l’option militaire se trouve réellement sur la table", a développé Netanyahu, "ils doivent savoir que vous êtes prêts à entreprendre une action militaire. C’est la seule chose qui retiendra leur attention".

 

En vérité, dans la ville trois fois sainte, on ne mise pas grand-chose sur les 5+1 et on préfère indiquer directement nos intentions aux mollahs. Nous apprécions certes les alliés occidentaux, mais nous peinons à discerner leur rationnel. C’est comme s’ils ne prenaient pas la menace iranienne au sérieux, comme s’ils n’y croyaient pas vraiment.

 

Pourtant, Bibi la leur a aussi expliquée, et si les Perses sont en pleine mise au point d’un ICBM, d’un missile intercontinental balistique, "c’est pour vous atteindre vous, pas nous. Ils n’ont pas besoin de cela pour nous atteindre".

 

Ici, on n’a absolument pas compris non plus l’appel de l’administration Obama, la semaine dernière, à l’Armée égyptienne : "Libérez Morsi !". Tous les analystes de la région savent pertinemment que si l’ancien président était relâché, ces jours, le pays du delta du Nil sombrerait instantanément dans la guerre civile.

 

D’ailleurs, le général al Sissi - pourtant tributaire de la manne étasunienne pour sa survie économique, celle des forces armées et celle de l’Egypte entière -, loin de répondre à l’injonction de Washington, a, quelques heures après en avoir pris acte, décidé de poursuivre judiciairement le Frère musulman et de commencer immédiatement la procédure en faisant soumettre Morsi à un interrogatoire en règle concernant son évasion de prison en 2011.

 

Pourquoi Barack Obama a-t-il lancé cet appel ? Qu’est-ce qui l’a motivé ? Peut-on croire les engagements d’un personnage envoyant des requêtes de cette sorte ? Et ceux des conseillers qui le laissent agir ainsi ? Peut-on faire confiance pour assurer notre protection à des gens qui procèdent de manière aussi déraisonnable, alors que nous sommes la cible hebdomadaire de menaces d’extermination de la part du clergé perse, et qu’Ahmadinejad définit la négation de la Shoah comme l’acte le plus important de sa présidence ? 

 

En frappant et détruisant des entrepôts bétonnés et dûment camouflés en plein cœur du réduit alaouite, il y a dix jours à Lattaquié, Israël a certes voulu se débarrasser des missiles Yakhonts qui hypothéquaient la liberté de ses mouvements maritimes.

 

Mais elle a aussi lancé un signal fort, aux Russes, leur démontrant qu’elle n’hésiterait pas à pulvériser les matériels modernes que Poutine livre aux ennemis de Jérusalem ; leur indiquant, par l’action, que la présence toute proche de leur flotte dans la grande base de Tartous ne nous empêchait pas de protéger nos intérêts.

 

Et un signal plus fort encore à Khamenei, qui dispose globalement d’un armement – radars et missiles sol-air - en tous points similaire à celui qui défend Lattaquié et la flotte russe, et qui n’a pas même réagi au raid de Tsahal.

 

Le résultat du raid est là : 72 Yakhonts détruits, tous ceux qui se trouvaient dans les bases prises pour cibles. Or il n’existe aucune bonne raison d’imaginer que le sort des installations nucléaires iraniennes différerait de celui des Yakhonts, bien au contraire.

 

Pour une fois, les avertissements envoyés par l’Etat hébreu sont clairs ; d’ailleurs, depuis que nous l’avions vertement critiquée il y a quelques mois, force est de constater que l’exploitation politique de la puissance d’Israël, particulièrement au Liban et en Syrie, s’est nettement bonifiée. Je ne suis pas un grand fan de Netanyahu et de sa politique, mais pas non plus l’un de ses contempteurs systématiques.

 

Israël interviendra militairement contre l’Iran avant qu’il ne franchisse la ligne rouge. Si rien ne bouge, la ligne rouge sera traversée dans "quelques semaines". Monsieur Obama, il est temps, soit d’avancer vos porte-avions et d’imposer votre volonté d’hyperpuissance, soit de nous laisser faire pour assurer notre sécurité !

 

A nos fidèles lecteurs : il serait peut-être prudent de repenser vos destinations de vacances.

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