Share |

L’Iran déjà touché au cœur

 

L’Iran déjà touché au cœur (info # 011910/10) [Analyse]

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

 

Mardi dernier, 12 octobre, trois énormes explosions ont pratiquement détruit l’installation la plus secrète et la mieux défendue de la "République" Islamique d’Iran.

 

La base Imam Ali avait été intentionnellement construite au nord-ouest de la Perse, dans la protubérance géographique constituée par la province du Lorestan, dans la région se trouvant à la plus courte distance d’Israël, soit à environ 1255 kilomètres du centre de Tel-Aviv.

 

Elle est enterrée dans la chaîne de montagnes de Zagros, non loin de la ville de Khomarrabad. L’altitude de cette zone et ses caractéristiques très accidentées la rendent relativement difficile d’accès par les airs, et plus encore en surface.

 

De plus, les routes qui y mènent sont tortueuses, ce qui facilite extraordinairement le contrôle de l’identité de ceux qui désirent se rendre à Imam Ali.

 

La base elle-même est creusée à même le roc, dans la profondeur de la montagne. Abritant la plupart des fusées balistiques Shihab-3 que possède Téhéran ; il a cependant été nécessaire d’aménager d’importantes ouvertures dans le rocher afin de permettre le remplissage des missiles en carburant liquide ainsi que l’accès à l’espace des rampes de lancement.

 

Le régime khomeyniste a investi des centaines de millions de dollars dans la construction de cet ensemble de souterrains et de tunnels, ouvrant sur des terrasses artificielles permettant le lancement rapide de missiles en riposte à une éventuelle attaque.

 

 

Imam Ali se trouve à 400km de Bagdad et à 280 des premières grandes bases américaines. Disposant d’une portée évaluée entre 1 800 et 2 500 kilomètres, les Shihab-3 tirés des montagnes de Zagros pouvaient aisément atteindre n’importe quel point du territoire israélien, à la condition de n’avoir pas été interceptés en vol.

 

Afin de multiplier les cibles potentielles du Shihab, ses concepteurs étaient récemment parvenus à le doter d’une ogive à trois têtes, dites tri-conique, permettant à trois charges plus petites de se détacher du lanceur en vol et de fondre sur trois objectifs distincts et distants les uns des autres.

 

Cette tri-conicité augmente la difficulté d’interception des Shihab par les missiles antimissiles israéliens Khetz ; d’autre part, l’existence de ces têtes multiples démontre une préparation à l’emport d’ogives nucléaires

 

La structure militaire secrète, la protection de son périmètre, le stockage et le tir des missiles étaient confiés à la brigade Al-Khadid, l’unité d’élite par excellence des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution.

 

Or mardi dernier, Imam Ali s’est désintégrée, tuant durant sa destruction un grand nombre de Pasdaran. Le gouvernement de la "République" Islamique, qui a été contraint de communiquer sur l’incident, suite aux relevés satellitaires des dégâts et aux avis émis par des sources occidentales, notamment les services de renseignement israéliens, a fait état de 18 morts, enterrés le 14 octobre.

 

Depuis mardi dernier, grâce à des responsables de l’opposition iranienne au régime théocratique, nous sommes parvenus à entrer directement en contact avec des habitants de la région élargie de Khomarrabad, déjouant les efforts du régime en place pour bloquer toutes les communications entre la province du Lorestan et le reste de la planète.

 

Les diverses sources qui se sont confiées à la Ména ont toutes fait les trois mêmes constatations principales : 1. Les explosions ont été entendues à des dizaines de kilomètres de l’impact. 2. Tous ceux qui les ont entendues on cru à "l’explosion d’une bombe atomique israélienne". 3. La base est totalement anéantie et le nombre de 18 soldats tués ne saurait correspondre à la réalité. Les sources officieuses, provenant des cellules d’opposants au régime islamique, affirment que tous les occupants d’Imam Ali auraient péri, et que cela concernerait "des centaines de Pasdaran".

 

A noter également que des unités des polices secrètes du régime ont parcouru les villes et villages de la zone, exigeant des responsables locaux qu’ils avertissent leurs administrés que "ceux qui évoqueraient l’explosion seraient sommairement exécutés sans jugement".

 

Quant aux communications officielles, elles ont été et demeurent très fantaisistes. Au début, les porte-parole ont signalé "une attaque par un aéronef hostile non identifié". Ils ont ensuite parlé d’un incendie mineur, causé par le largage d’un bidon de kérosène d’un appareil militaire iranien, avant de se rallier à la thèse d’un accident, excluant "une attaque terroriste".

 

A en croire les sources gouvernementales iraniennes, c’est un incendie provoqué par des munitions qui serait à l’origine des explosions.

 

Nous ignorons ce qui s’est précisément passé. Nous pouvons assumer cependant le fait qu’il s’agit d’un sabotage, mais sommes incapables de déterminer s’il a été exécuté par un commando au sol, ou par un bombardement aérien.

 

Ce qui semble acquis est que l’ (les) explosion(s) primaire(s) se sont produite(s) dans les étages inférieurs de la base, là où sont effectivement stockés les missiles, le carburant et les matériaux explosifs.

 

Une question découle de la constatation unanime des "dégâts importants" : n’y avait-il pas, dans ce complexe militaire, de stocks de composants chimiques ou bactériologiques, dans l’attente d’une bombe atomique ?

 

Cela nous semblerait douteux. Douteux que l’Iran envisage de riposter à une attaque israélienne en ne disposant que de l’option de doter ses fusées de pointe d’ogives ne contenant que des explosifs conventionnels.

 

Et dans l’éventualité où des armes chimiques ou bactériologiques ont été mêlées à l’explosion, qu’en est-il de la contamination du site et de ses alentours ? Est-il actuellement possible d’approcher Imam Ali ?

 

Cette question est déterminante pour permettre aux enquêteurs iraniens d’établir les causes des explosions. S’ils peuvent examiner les décombres, ce sera aisé, sinon, c’est beaucoup plus incertain.

 

D’autre part, un article du magazine spécialisé Aviation Week, dans sa livraison du 15 courant, excite la curiosité des observateurs spécialisés. Les analystes du périodique américain ont en effet identifié une grande similitude entre le missile balistique nord-coréen BM25 Musudan, dévoilé pour la première fois à l’occasion du défilé militaire, le 10 octobre, pour l’intronisation du nouveau leader Kim Jung Un, et le Shihab-3 iranien.

 

Certains confrères prennent la liberté de déduire de la révélation d’Aviation Week, que l’opération de mardi était également destinée à anéantir de nouveaux prototypes de missiles, développés par les Iraniens sur la base d’informations que leur auraient transmises (vendues ?) les Coréens.

 

Aucune source fiable n’est disponible pour corroborer cette digression. C’est la raison pour laquelle nous nous bornons à constater – ce qui est déjà pas mal – que la neutralisation d’Imam Ali pourrait avoir augmenté de quelques mois la marge-temps des Israéliens et des Occidentaux pour décider d’intervenir militairement en Perse.

 

En effet, comme nous l’avions expliqué dans des articles précédents, la priorité chronologique, en cas d’attaque contre les infrastructures nucléaires en Iran, n’est pas les installations nucléaires elles-mêmes, mais les bases de missiles balistiques, les batteries antiaériennes et les voies de communication.

 

Une fois ces instruments de défense et de contre-attaque neutralisés, les usines œuvrant pour la confection de la bombe atomique resteraient sans défense et pourraient être bombardées sans souci majeur.

 

Ainsi, si les informations faisant état de l’anéantissement d’Imam Ali se confirment, la capacité de riposte de Téhéran s’en trouverait considérablement réduite, voir momentanément neutralisée.

 

La mission menée dans les montagnes de Zagros peut donc, du point de vue stratégique, avoir plusieurs significations : elle pourrait constituer la phase préliminaire de l’attaque aérienne principale, en ôtant aux pilotes le souci de détruire impérativement le centre iranien de lancement des Shihab.

 

 

Elle pourrait aussi (et cela peut participer du même plan) renforcer les arguments des Occidentaux, qui négocient actuellement en secret (de Polichinelle) avec Téhéran. Etant bien évident que l’on se trouve en meilleure posture, lorsque l’on peut démontrer à ses adversaires qu’on peut détruire ses installations quand on le souhaite, puisque le voilà privé de sa possibilité principale de riposte.

 

De toute façon, après les ravages causés par le virus Stuxnet, le message aux ayatollahs est on ne peut plus clair : vos défenses sont hyper-perméables, vous jouez un jeu qui se situe au-dessus de vos moyens, laissez tomber avant que nous ne nous fâchions pour de bon, abandonnez volontairement l’enrichissement de l’uranium.

 

Si les dirigeants de la "République" Islamique n’intègrent pas cette donnée objective à leur équation, c’est qu’ils sont irresponsables et inconscients. Ce que je ne crois pas une seule minute, pour avoir suivi leur comportement, ces dix dernières années.

 

A la question comment la forteresse persane a-t-elle été anéantie [1], s’ajoute celle : par qui ?

 

L’auteur de l’acte n’est pas obligatoirement un Etat isolé ; on sait que les Israéliens, les Américains et les Anglais, au moins eux, coordonnent leurs activités de "retardement" à l’intérieur de l’Iran. Cela semble naturel, vu qu’ils partagent, en tous points, l’intérêt supérieur de ne pas laisser Khameneï et sa dictature chiite se doter de l’arme absolue.

 

Reste toutefois un élément étonnant : cette destruction a eu lieu le jour où Ahmadinejad s’envolait pour une double mission politique au Liban ; de soutien au putsch rampant déclenché par ses supplétifs du Hezbollah, et de provocation contre Israël.

 

Or, en termes de renseignement chez les Hébreux, le choix non aléatoire de la date d’une attaque de ce genre s’appelle une "khatima", une signature. Une manière de signaler à son ennemi, sans qu’il ne puisse en obtenir la preuve, l’étendue de ses capacités et la force de sa détermination.

 

Pas étonnant, dans ces conditions, que Mahmoud Ahmadinejad ait redoublé de violence et de menaces, durant son séjour libanais et après son retour, à l’encontre de l’Etat sioniste.

 

Mais d’un côté, le verbiage sans effet, les "vous allez disparaître", les "vous êtes en train de disparaître", de l’autre, une démonstration remarquable, significative, fonctionnelle et stratégique de capacité ?

 

Qu’auriez-vous choisi vous-même ? Un survol d’intimidation du village de Bint J’beil, pendant qu’Ahmadinejad y prononçait son discours, son élimination physique inutile, comme des politiciens israéliens le suggéraient ? Ou la destruction et le "gel", pour plusieurs mois, de ses moyens de riposte ?

 

Ne dites rien, la question n’est que rhétorique, écrite pour mieux comprendre la portée des événements en voyant les choses noir sur blanc.

 

 

 

Note :   

 

[1] L’hypothèse d’un sabotage mené par un commando rappelle le scénario du film Operation Crossbow [lien en anglais] (Opération Arbalète), de 1965, avec Sophia Loren et George Peppard.

 

Long métrage se terminant par l’explosion de l’usine souterraine de missiles allemands V-2, figurant celle (réelle) de Mittelwerk [lien en anglais].

 

 

Contenu Correspondant