Share |

Tunisie : vague de mécontentement contre le chômage des jeunes, par Ftouh Souhail, Tunis

 

Tunisie : vague de mécontentement contre le chômage des jeunes

 

La Tunisie traverse aujourd’hui une crise sans précédent.

Le chômage, la cherté de la vie et le sentiment d'être laissés pour compte dans des régions défavorisées sont à l'origine d'une récente flambée de mécontentement dans le centre-ouest de la Tunisie.

Depuis déjà plusieurs jours la Tunisie connait des troubles sociaux dont le suicide de Mohamed Bouazizi avait marqué le point de départ. Le jeune vendeur ambulant de fruits et légumes sans permis s’était immolé par le feu, après s'être fait confisquer sa marchandise par la police.

Le nombre de morts ne cesse d’augmenter .Au moins 35 personnes ont été tuées par balles dans les divers affrontements avec la police à Thala et Kasserine (centre-ouest de la Tunisie)

Le 9 janvier 2011, quatorze émeutiers  ont été tués dans des affrontements avec les forces de police dans trois villes de Tunisie.

La Tunisie connaît depuis la fin décembre une rare agitation sociale, les jeunes dénonçant la pénurie d'emplois. Depuis quatre  semaines la jeunesse tunisienne se révolte contre le taux de chômage, mais aussi la corruption  dans le pays .Le président Zine al Abidine Ben Ali a déclaré que les manifestations violentes étaient inacceptables et le gouvernement les a imputées à une minorité d'extrémistes.

Le gouvernement a annoncé dans la mort de 21 personnes dans les villes de Thala et Kasserine, près de la frontière algérienne.

Au moins 35 personnes sont décédées après les violences en Tunisie, selon la Fédération internationale des ligues des Droits de l'Homme. Depuis quatre  semaines la jeunesse tunisienne se révolte contre le taux de chômage, mais aussi la corruption  dans le pays. Le président Ben Ali a promis la création de 300.000 emplois d'ici à 2012 pour mettre fin aux violences, mais les jeunes n'y croient pas.

Des  éléments extrémistes ont  trouvés un prétexte pour toucher à la  sûreté de l’Etat.

Des véhicules et des postes de police sont la cible de jets de pierres depuis quelques jours Plusieurs incidents  graves ont émaillé dans des  dans trois villes du centre: Regueb, Thala et Kasserine.

 La ville de Kasserine a été le théâtre d'actes de violence et de destructions perpétrés par des groupes qui ont attaqué deux postes de police, à coup de bouteilles incendiaires, de bâtons et de barres de fer. Des actes de pillages et vols de commerces sont enregistrés.

Des émeutiers ont lancés  des pierres contre des véhicules de police ainsi que des engins incendiaires. Des banques, dés écoles  et des commerces  ont été incendiées par des émeutiers.

L’armée tunisienne a été  déployée pour mettre de l’ordre dans certaines zones d’émeutes.

"Après diverses sommations et des tirs en l'air, la police a fait usage des armes dans un acte de légitime défense, lorsque les assaillants ont multiplié les attaques, jetant des pneumatiques en feu pour forcer les locaux de la police dont les équipements ont été incendiés", a indiqué mardi le ministère de l'Intérieur.

Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a regretté  le 28 décembre 2010 les évènements de Sidi Bouzid (centre-ouest), en proie à des troubles sociaux et a dénoncé une "instrumentalisation politique de certaines parties".

Les violences de rue sont inacceptables, a déclaré Ben Ali car elles nuisent à l'emploi et au tourisme, a dit mardi 11 janvier  le président tunisien après des manifestations de jeunes diplômés qui réclamaient du travail et l'arrêt de ce qu'ils qualifient de corruption.

Les troubles sociaux sont rares en Tunisie, pays que dirige depuis 23 ans par Ben Ali et qui coopère étroitement avec les pays occidentaux contre les activistes d'Al Qaïda, mais des incidents s'y sont succédé brusquement  ces dernières semaines.

Il est vrai que le chômage augmente d'une manière exponentielle en Tunisie. On recense 800 000 chômeurs supplémentaires en 2010. La tranche d’âge des 25-30 ans est la plus touchée avec un taux de chômage de 30.7%. Un jeune actif sur 4 n’a pas donc pas d’emploi.

Le chômage et le sous emploi ne sont pas seulement dus à la conjoncture de crise mondiale. Le problème est endémique. Les économistes doutent de la capacité de l’économie tunisienne à évoluer d’une économie de main-d’œuvre de base vers des emplois à valeur ajoutée.

Les économistes soulignent qu’il sera difficile pour la Tunisie  de prendre les mesures exigées par le FMI avec un chômage aussi important.

Le patronat tunisien a annoncé une campagne d'embauche de jeunes diplômés, alors que le gouvernement mettait en avant une batterie de mesures prises au profit des régions, dont Sidi Bouzid, point de départ d'une révolte contre le chômage depuis le 19 décembre.

Le gouvernement tunisien a commencé à  tirer les leçons de la pagaille.

Le président tunisien a effectué un remaniement ministériel marqué par le remplacement du ministre de la Communication Oussama Romdhani, après des troubles sociaux dans la région de Sidi Bouzid.

Zine El Abidine Ben Ali a limogé aussi  le gouverneur de la région de Sidi Bouzid, en proie à des troubles sociaux depuis quatre semaines .

Les écoles et universités ont été fermées à partir de mardi jusqu'à nouvel ordre dans tout le pays.

L'Europe et les Etats-Unis se sont déjà dits préoccupés. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon s'est "inquiété de l'escalade des affrontements violents".

Ftouh Souhail, Tunis

Contenu Correspondant