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Un antisémitisme en Europe plus sérieux que ce que je pensais – Aaron D. Rubinger

Manifestation anti-israélienne sur les Champs Elysées à Paris – Photo : Jean-Paul Ney

 

Un antisémitisme en Europe plus sérieux que ce que je pensais – Aaron D. Rubinger

 

Sur une période de dix semaines fin 2011, j’ai parcouru dix communautés européennes et interviewé des dizaines de juifs et non juifs, dans des domaines différents, afin de me rendre compte de l’étendue de l’antisémitisme et de l’intensité des sentiments anti-israéliens dans ces pays. Ce que j’ai découvert, c’est que l’antisémitisme n’est pas lancé par la publicité ni artificiellement par les médias juifs ou les militants pro-israéliens aux Etats Unis, en Europe ou en Israël. En fait, la montée de cette forme malveillante d’antisémitisme est dangereusement ignorée.

Pendant de nombreuses années, j’avais lu d’inquiétants rapports concernant des incidents antisémites en France, en Suède, en Hollande, en Allemagne, au Danemark, en Norvège, ainsi que dans d’autres pays européens. En outre, l’animosité envers l’État d’Israël, telle que démontrée par les manifestations massives organisées contre Israël à travers l’Europe au moment de « l’opération plomb durci » (27 décembre 2008- 18 janvier 2009) ainsi que lors de la réponse d’Israël à la « Flottille de la liberté pour Gaza » (événement public fortement médiatisé visant à briser le blocus maritime israélien du Hamas, le 31 mai 2010), a reçu une couverture internationale. Il faut également prendre en considération que, dans de nombreux pays européens, en particulier au Royaume-Uni, certains tentent de boycotter les produits israéliens et souhaitent empêcher la participation de professionnels israéliens dans les forums internationaux, cela dans le but de délégitimer l’existence de l’Etat d’Israël, faits bien connus.

Dans le même temps, un certain nombre de personnes à la tête de postes officiels au sein de la communauté juive laïque et des communautés religieuses en Europe, ainsi que de nombreux dirigeants politiques européens, ont cherché à minimiser l’ampleur de l’antisémitisme sur le continent et ont affirmé à plusieurs reprises que les rapports des activités antisémites dans leurs pays respectifs ont été fortement exagérés par le lobby pro-israélien.

Par conséquent, j’ai pris la décision de visiter personnellement ces pays, de rencontrer les divers membres de la communauté juive là-bas, des personnes occupant des postes de direction, mais il m’a aussi paru intéressant d’étudier le quotidien des juifs et des non-juifs, cela afin d’évaluer la gravité et l’ampleur de l’antisémitisme en vigueur aujourd’hui dans ces pays. L’itinéraire des villes que j’ai finalement choisi de visiter – Amsterdam, Weesp (Pays-Bas), Stockholm, Copenhague, Francfort, Berlin, Londres, Manchester, Paris et Bruxelles - a été déterminé, en partie, par des conseils que j’ai reçus de consultations avec le Docteur Manfred Gerstenfeld, de l’Institut des affaires mondiales juives, situé à Jérusalem, et en partie, par ma capacité à établir des contacts dans ces pays avant mon départ des États-Unis.

Je savais, lorsque j’ai entrepris ce voyage qu’il y aurait certaines personnes qui chercheraient fortement à me dissuader de visiter leurs communautés respectives. Par exemple, j’avais été clairement averti par un chef communal à Vienne: « Ne venez pas ici. Personne ici ne veut vous voir, ni ne discutera de ce sujet avec vous ».

Pour être honnête, je n’ai pas entendu une seule évaluation monolithique de la situation, car j’étais déterminé à entendre beaucoup de points de vue différents. Évidemment, les conditions ont varié d’un pays à l’autre. Par ailleurs, mes recherches se poursuivent en Israël et je m’entretiens avec ceux qui ont émigré d’Europe vers Israël afin de savoir dans quelle mesure cet antisémitisme les a conduits à immigrer.

Et pourtant, certaines conclusions ne peuvent plus être évitées. L’antisémitisme en Europe n’est pas quelque chose de faussement gonflé par des groupes de défenses juifs aux Etats Unis, en Europe ou en Israël. Au contraire, l’ampleur et la gravité terrifiantes des violences, dirigées contre des Juifs, sont dangereusement minimisées. Pourquoi ? Parce que l’on ne peut pas parler de l’antisémitisme en Europe occidentale aujourd’hui, sans devoir exposer le fait politiquement inconfortable que beaucoup de personnes au sein de la population musulmane grandissante ont adopté une attitude très féroce et violente de haine des Juifs.

Apparemment, le racisme et la bigoterie religieuse de ceux qui ont été désignés par la gauche comme les victimes du colonialisme occidental sont trop doctrinalement problématiques pour être ouvertement discutés.

Non, les Musulmans ne sont pas les seuls en Europe à être antisémites. En fait, la conspiration du silence et les rationalisations qui cherchent à minimiser le danger de l’antisémitisme islamique témoignent du fait que beaucoup d’Européens de souche sont satisfaits de servir à nouveau de collaborateurs parce qu’ils éprouvent eux aussi un mépris des Juifs. La culpabilité de l’holocauste et les suspicions antisémites classiques quant au pouvoir des juifs et à la richesse juive internationale ont créé une synergie culturelle et politique avec les Musulmans qui ont choisi d’adopter une politique de haine et de mépris envers l’État juif, fournissant une couverture acceptable pour cette forme d’Antisémitisme car moralement fondée et guidée par la préoccupation humanitaire des « droits de l’homme des Palestiniens ».

Et, si dans ce processus, la gauche semble si confortablement insensible, loin de ses préoccupations traditionnelles pour les droits des femmes et des homosexuels (causes dénigrées par les islamistes extrémistes) c’est un prix, apparemment, que de nombreux Européens indigènes sont plus que disposés à payer. Leur haine des Juifs l’emporte sur leur amour de l’humanité.

Sur les communautés que j’ai visitées, les situations à Paris et Bruxelles ont été les plus alarmantes. Beaucoup de Juifs qui ont été victimes d’attaques antisémites ont trop peur ne serait-ce que d’indiquer qu’ils ont été victimes, peur justifiée par le fait qu’ils ne seront pas protégés par les autorités de l’Etat ou de la police et risquent alors d’avoir à endurer un plus grand risque de danger pour eux-mêmes et leurs familles.

J’ai rencontré à Paris une mère juive qui m’a dit qu’à cause du harcèlement verbal et physique par les musulmans dans les écoles françaises, « qu’il n’était pas rare, non pas rare du tout aujourd’hui » pour les étudiants juifs, de prétendre publiquement qu’ils sont musulmans, allant même jusqu’à jeûner pour le Ramadan, afin de le faire croire.

Ainsi, une jeune fille juive qui s’était prêtée à ce jeu pendant des années, a été surprise par de jeunes musulmanes en train de manger de la Matzah dans les toilettes des son écoles lors de la fête juive de Pessah. Elles l’ont battue brutalement et ont invité les garçons musulmans de leur école à participer à un viol collectif. Cet incident n’a jamais été signalé aux autorités par peur de plus fortes représailles.

J’ai d’ailleurs entendu Sylvain Zénouda, vice-président du BNVCA, le bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, dire que les » meilleurs et plus brillants » jeunes juifs de Paris ont déjà quitté ou sont en train de quitter la France pour Israël, le Canada ou les Etats-Unis.

À Bruxelles, une semaine avant que je ne sois arrivé et auparavant aussi, on m’a fait part des remarques malheureuses de l’Ambassadeur américain en Belgique, Howard Gutman, qui a minimisé le niveau de l’antisémitisme musulman. Celui-ci a suggéré qu’il était le résultat de la politique d’Israël envers les Palestiniens, cela alors qu’une jeune fille juive de 13 ans avait été battue par un groupe d’étudiantes musulmanes à son école puis hospitalisée. La meneuse avait criée : « Sale juive ! Rentre chez toi ! ». Dans ce cas particulier, le père de la jeune fille avait fait de nombreuses visites à l’école pour se plaindre aux autorités scolaires que l’on avait menacé et maltraité sa fille. Pourtant, aucune action n’a été jamais prise par l’école pour réprimander les contrevenants avant qu’elle ne soit battue brutalement.

Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les étudiants juifs qui ont été insultés ou menacés par la population musulmane croissante à Bruxelles. Un homme âgé, dans un bus public lors d’une chaude journée, avait retroussé ses manches révélant son tatouage des camps de concentration. Il a été hué et insulté par de jeunes hommes musulmans et personne dans ce bus n’a tenté d’intervenir ni de faire taire les délinquants.

J’ai été informé par une députée Bruxelloise, Viviane Teitelbaum, que dans certaines écoles à Bruxelles, qui ont une population étudiante musulmane prédominante, des étudiants ont exigé des autorités scolaires qu’elles cessent d’enseigner la Shoah dans le cadre du programme scolaire. Ni les enseignants, ni les administrateurs de l’école n’ont éprouvé le désir de raisonner ces élèves.

Selon une étude récente, « Jong (Young) à Bruxelles », menée par trois principales universités belges, et rapportée dans le Morgen belges (11 mai 2011,) 50% des lycéens musulmans à Bruxelles sont antisémites et 56,8 % déclarent que « les juifs veulent tout dominer ».

Avec la crise économique qui s’aggrave dans la zone euro, et qui aboutira à une considérable diminution du bien-être de nombreux immigrants musulmans au chômage, l’accusation de la communauté juive internationale comme « la vraie cause » de cette crise, risque de servir de motif à la hausse de la violence dirigée contre les Juifs.

Je serai très intéressé de rencontrer et d’interviewer des Juifs ici en Israël qui sont venus d’Europe, afin que je puisse en apprendre davantage sur leurs propres expériences avant de faire leur Alya (ou communiquer par mail avec ceux en dehors d’Israël). J’invite quiconque se soucie de la sécurité et du bien être de nos compatriotes juifs à me contacter..

Par Aaron D. Rubinger – JSSNews
A propos de l’Auteur: Aaron Rubinger est le principal rabbin de la Congrégation Ohev Shalom, une synagogue Massorti, qui est la plus grande et la plus vieille synagogue du centre de la Floride. Il a été un activiste dans la défense d’Israël, a soutenu la cause des refuzniks en ancienne URSS et a fait partie des 15 rabbins à travers l’Amérique ayant été invité à la Maison Blanche pour discuter « des Relations israélo- américaines » avec le Chef de Staff, Rahm Emanuel et l’Ambassadeur au Moyen-Orient Dennis Ross, le 20 avril 2010, puis de nouveau le 4 mai, 2010. Vous pouvez écrire à Aaron Rubinger à rabrub2@aol.com 

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