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Le rouleau d'Esther retourne à la Grande Synagogue de Nice

Grande Synagogue, le chanoine Philippe Asso et Maurice Niddam, président du Consistoire israélite de Nice, préparent ensemble la visite officielle, dimanche, de Mgr Louis Sankalé et le retour du rouleau d'Esther, soixante après...Richard Ray

 

Le rouleau d'Esther retourne à la Grande Synagogue de Nice

 

 

C'est un événement historique, une première dans l'histoire du diocèse de Nice, que s'apprêtent à vivre ensemble les communautés juive et catholique : la venue dimanche à 17 heures, à la Grande Synagogue de la rue Deloye, de Mgr Sankalé.

Lors de cette visite officielle, symbole de l'entente fraternelle entre ces deux communautés, l'évêque de Nice fera don d'un rouleau d'Esther ou « méguillah » conservé depuis plus de soixante ans.

Long de 2,30 m, haut de 10,5 cm, ce parchemin, qui date du XVIIIe siècle, recèle tout une histoire. « Pendant l'Occupation, de nombreux prêtres et religieuses à Nice ont sauvé de la déportation des centaines de familles et enfants juifs,raconte le chanoine Philippe Asso, délégué diocésain pour les relations avec le judaïsme. Parmi eux, Mgrs Daumas et D'Oreye, deux prêtres niçois, gaullistes et résistants de la première heure. Au péril de leur vie, ils ont évité l'enfer des camps de la mort à de nombreuses familles juives en organisant leur fuite vers la Suisse, via Saint-Martin-Vésubie. »

Le miracle d'Esther

Autant d'actes courageux qui ont été salués après guerre en élevant ces hommes de foi et d'humanité au rang de Justes parmi les nations(voir encadré).

L'histoire ne s'arrête pas là. À la Libération, Mgr D'Oreye fut invité par l'une des familles juives qu'il avait sauvée. « Nous ne savons presque rien de ce voyage, poursuit le chanoine Philippe Asso.Juste qu'il s'est déroulé quelque part en Europe centrale, où s'étaient établis ces réfugiés. Lors de son séjour, Mgr d'Oreye a reçu de cette famille ce parchemin en signe de reconnaissance et de gratitude. »

Un cadeau à haute portée symbolique. Et pour cause ! « Ce rouleau raconte l'histoire d'Esther, épouse d'Assuérus, roi de Perse, qui fait partie du Premier Testament, commun aux liturgies juives et chrétiennes, souligne Maurice Niddam, président du Consistoire israélite de Nice. En accédant au trône de l'empire persan, Esther dévoila ses origines juives et sauva son peuple menacé d'extermination. Depuis, le miracle d'Esther est célébré à la fête de Pourrim, fin février. »

À la mort de Mgr D'Oreye, et une fois sa succession réalisée, l'évêché découvrit à son domicile niçois ce rouleau d'Esther, caché dans une bibliothèque, derrière des livres. « Depuis, il a été conservé précieusement en attendant le moment propice pour en faire don à la communauté juive », poursuit le chanoine Asso.

« Visite d'un de nos frères »

Ce moment est donc arrivé. « Après quinze ans de collaboration avec le CRIF et ses responsables dont Martine Ouaknine pour rapprocher nos deux communautés, relancer le dialogue interreligieux. Cela afin de lutter contre la montée de l'intégrisme, le repli communautaire et retrouver des valeurs humanistes. »

Plus de soixante après, le rouleau d'Esther rejoindra, dimanche, les autres écritures saintes conservées à la Grande Synagogue. « Ce cadeau est pour nous une immense joie, s'exclame Maurice Niddam. Comme l'est tout autant la visite de l'évêque de Nice, Mgr Sankalé. Sa venue représente à nos yeux celle d'un de nos frères que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Et c'est en tant que frère que nous l'accueillerons. »

Véronique MARS

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