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NOTRE HANOUKIA, par Albert Simeoni

 

NOTRE HANOUKIA

 

La Hanoukia, une forme représentant le ’maguen’ David avec sept petites soucoupes soudées à sa base, emballée dans un vieux papier journal, la Presse, souvent renouvelé une fois servie, va reluire sous les coups de boutoir de ma mère. Comme chaque année !

Mon père confectionnait, en cette saison hivernale, à l’aide une boite de carton de chaussure vide, une protection, un refuge, qui viendra abriter notre étoile en fer blanc afin que les gouttes d’huile et de graisse ne débordent pas sur les cannelures en bois de la porte couleur crème. Malgré cette précaution, quelques ’larmettes’ s’échappaient pour aller suivre quelques sillons dérobés à nos yeux. Fissures.

Les mèches en coton roulées, pas si longues que des petits bâtons d’allumette, étaient confectionnées par ma grand-mère, une habituée de la confection des pâtes ’Hlèlèm’ ( petite patte faite maison, roulée ayant la forme d’un petit pois mais en longueur, très mince ) Nous lui imposions une certaine quantité à faire mais la pauvre, elle se trompait dans les comptes. Et quand nous lui faisions la remarque, elle répétait sa sempiternelle remarque..

’Kèmlou en toumè yè yad’jènin. !’ ( ’Continuez vous même bande de fainéants.. !’)

Un ordre qui ne méritait pas une riposte.

Le petit livre de prières, ’ MADE MAAZOUZ’ IMPRIMERIE rue des Glacières’, milles fois feuilleté servira de base à notre ’ Adlik nir ..’ Et compagnie. Une prière que nous récitions tous ensemble sur un air de jazz, mêlant refrain connu en judèo-arabe et humour, contorsionnant certaines paroles sacrées à notre façon, proches des idioties de la rue. Sans enfreindre quand même à la solennité de l’instant. Et ma grand-mère Meiha un peu sénile qui nous disait en pleine concentration.

’ Baâda bââda jè Bichèéééééh ???? Yè Hayèèèèè. ?’ ( Quoi.. ! Pâques est déjà làààààà.. !’ Ma filleeeee. ?’)

Et quand nous arrivions à Pâques... ’ Bââda bââda jè Kebbourrrrrr.. ! ’ ( ’Quoi déjà Kippour. !’)

Je lui répliquais au fond de l’oreille..

’ Lè ... ! Zaaaaa..r....ourRRR... !’(’ Vous avez compris n’est ce pas. ?’)

  ’Chnouèèèèèèèèèè yè ouldi kôtliiiiii.. ?’ (’Que m’as tu dis mon fils.. ?’)

Un mélange dans le genre des jours de fête qui nous faisait rire. Nous profitions de ses creux de cervelle pour la taquiner ouvertement sachant pertinemment qu’elle ne comprenait pas grand chose à nos sous-entendus. Elle avait pris aussi l’habitude d’imbiber son bout de majeur dans l’huile d’une de petites soucoupes, une fois la ’méchètte’ éteinte, qu’elle portait à ses pupilles. Une vieille coutume de sa maman.

Notre vie moderne, nous ’imposent’ des ampoules, bien alignées dans un bac en plastic, remplies d’huile, avec mèche noyée qui ont remplacé nos bonnes vieilles lampes à huile. D’antan.

Mes filles sont aujourd’hui autour de moi. Elles rigolent par ma façon de prier et je les regarde en me disant dans mon coeur ’ Yè raby mè’nét èch wéch.’

Joyeuse fête ’ Que l’Eternel nous inscrive sur ces pages d’or. !’

ALBERT SIMEONI.

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