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Turquie : Erdogan se met à dos Arabes et Juifs

Turquie : Erdogan se met à dos Arabes et Juifs
 
 

Par Harut Sassounian 
The California Courier 

Après avoir violemment réprimé des manifestations intérieures massives contre son règne de plus en plus despotique, le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan est désormais confronté à un autre problème grave : avoir réussi, de façon inattendue, à unir les Arabes et les Juifs contre lui. 

Le Premier ministre turc s’était déjà mis à dos Israël et la Syrie par ses actions et ses déclarations hostiles. Récemment, il a également réussi à offenser des millions d’Égyptiens en rejetant leur nouveau gouvernement après que le président Morsi a été renversé par l’armée. Malgré le fait qu’Erdogan ait déclaré s’opposer au renversement du président d’Égypte démocratiquement élu, il est évident qu’il pense bien plus à sauver sa propre peau, craignant que l’armée turque qui est traditionnellement encline aux coups d’Etat ne prenne le pouvoir de façon similaire. 

La semaine dernière, l’Université d’Alep a retiré à Erdogan son doctorat honorifique en relations internationales qu’il avait obtenu en 2009, alors que la Syrie et la Turquie savouraient un festin d’amour de courte durée. Khodr Orfaly, le président de l’université, a accusé Erdogan d’être à l’origine de complots contre le peuple syrien et d’avoir eu recours à une violence « arbitraire » contre les manifestants en Turquie. 

Après avoir perdu une récompense arabe, le Premier ministre turc pourrait être ensuite privé du prix Profile in Courage que lui avait attribué le Congrès juif américain (AJC) en 2004 pour avoir favorisé la paix entre les peuples. Dans un article publié le mois dernier dans le magazine juif Commentary, Michael Rubin a incité l’AJC à annuler le prix, décrivant Erdogan comme le meneur principal du Hamas, un promoteur du terrorisme et un facteur d’instabilité dans la région. Rubin a en outre affirmé qu’Erdogan avait par le passé adhéré à un antisémitisme virulent et avait alimenté les théories du complot lorsqu’il était maire d’Istanbul. 

Rubin a également critiqué le Président Obama pour avoir porté un toast à Erdogan et aux 135 membres du Caucus du Congrès sur la Turquie destiné à détourner l’attention des pires excès de la Turquie, notamment les arrestations arbitraires, la violence de la police, les gaz lacrymogènes lancés dans des hôtels et des consulats, les attaques contre la presse libre, les diatribes antisémites et l’ordre d’arrêter le personnel médical. Rubin a remis en cause les motivations de ces membres de la Chambre et s’est demandé s’ils savouraient les mets et les vins que les autorités turques mettaient à leur disposition lors des voyages à Istanbul ou à Ankara en tant que récompense pour leur adhésion au Caucus sur la Turquie. Il a incité les membres du Congrès à suspendre, voire à mettre fin à leur adhésion. 

Rubin a vivement conseillé au Congrès juif américain et aux autres organisations juives d’attribuer les récompenses en fonction de l’ensemble de ce qui a été accompli dans la vie, et non en fonction d’idées chimériques. Autrement, il existerait un risque trop important d’accorder de la légitimité à des programmes qui vont à l’encontre de la mission du Congrès juif américain. Non seulement la récompense attribuée à Erdogan par le Congrès juif américain n’a pas mis un terme à l’antisémitisme d’Erdogan mais elle a plutôt servi de couverture à celle-ci pendant bien trop longtemps. Peut-être que l’organisation peut désormais atténuer les dégâts qu’elle a causés – et aussi mettre un terme aux bouffonneries d’Erdogan – en lui retirant publiquement sa récompense. 

Malheureusement, Rubin arrive neuf années trop tard pour critiquer le fait que l’AJC ait honoré Erdogan. En 2004, à quelques jours de la cérémonie de remise des prix, j’ai écrit un article critique à l’encontre de l’AJC et de son président Jack Rosen qui avait annoncé de façon ridicule que son organisation honorait Erdogan en tant que dirigeant d’un pays musulman modèle. 

Maintenant que le monde entier a vu les vraies couleurs d’Erdogan qui se cache sous le couvert de dirigeant d’un pays musulman modèle, bien d’autres doivent revenir sur les récompenses dont ils ont généreusement couvert ce dirigeant peu méritant. 

Par exemple, la Ligue antidiffamation (l’ADL) devrait retirer son prestigieux prix Courage to Care attribué à Erdogan en 2005. En cette heureuse occasion, le Premier ministre avait attiré l’attention d’Abraham Foxman, directeur national de l’ADL, sur les relations étroites de la Turquie avec Israël et avait promis une tolérance zéro pour les diatribes antisémites. 

Voici quelques autres distinctions attribuées à Erdogan que l’on devrait annuler : 

Les médailles décernées par les États : 

- Médaille de l’Etat russe de la part du président Vladimir Poutine (1er juin 2006) 
- Prix « Crystal Hermes » de la part de la chancelière allemande Angela Merkel (15 avril 2007) 
- Nishan-e-Pakistan, la plus haute distinction civile du pays (26 octobre 2009) 
- Prix international du roi Faysal pour « Service à l’Islam » (12 janvier 2010) 
- L’Ordre de la Toison d’or de la Géorgie (17 mai 2010) 
- Prix international pour les droits de l’homme du président libyen Mouammar Kadhafi (29 novembre 2010) 
- Le prix « Personnalité illustre dans le monde musulman » du Koweït (11 janvier 2011) 

Doctorats honorifiques : 

- Université de Saint-John, New York (26 janvier 2004) 
- Université européenne de Madrid (18 mai 2010) 
- Université d’État de Moscou (16 mars 2011) 
- Université des études internationales de Shanghai (11 avril 2012) 
- Université d’Alger (5 juillet 2013) 

Citoyenneté honoraire : 

- Corée du Sud (février 2004) 
- Iran (février 2009) 
- Kosovo (novembre 2010) 

Tous ceux qui ont honoré Erdogan se sont tout simplement déshonorés. 

Plus vite ils annuleront leurs récompenses, plus vite ils rachèteront leurs actes indignes. 

©Traduction de l’anglais Tigran Mheryan pour le Collectif VAN – 25 juillet 2013 - 09:20 –www.collectifvan.org

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