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De La Nuit de cristal ou de l’amnésie gauloise

 

De La Nuit de cristal ou de l’amnésie gauloise

 

Alexandre Artamonov

Savez-vous ce que c’est une nuit de cristal ? Non ! Pas une nuit cristalline où le ciel et la terre respirent la quiétude. Une nuit du 9 au 10 novembre de l’an de grâce 1938 fut appelée ainsi à la suite des bris de glace des devantures juives en Allemagne. C’était à la suite de l’attentat commis le 7 novembre de la même année par un Juif contre la personne physique d’Ernst vom Rath, un secrétaire de l'ambassade allemande à Paris. En France, on apprend cela à l’école. Mais si je vous en parle ce n’est pas seulement en commémoration d’une date historique au refrain « plus jamais ça ! » Ni à cause de la rencontre au sommet des Présidents russe et israélien qui ont ouvert à Moscou le musée de tolérance. Je n’en parle pas pour expier les fautes imaginaires des nations russe et française à l’égard des Juifs qui ont bien souffert dans leur chair au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les Soviétiques ont souffert eux aussi d’ailleurs en laissant plus de 24 Millions de leurs vies ce qui dépasse en nombre le bilan de l’Holocauste. Mais on n’a pas l’habitude d’en parler en Europe Occidentale où on se plaît tant à fustiger Staline.

Je parle de la nuit de cristal pour comprendre les tenants et les aboutissants d’un acte abominable commis par des gens apparemment bien, normaux contre une population civile sans défense, livrée à la violence la plus absolue, la plus extrême de celles que l’on puisse imaginer.

J’en parle également pour saisir un peu comment un homme normal peut au nom d’une idéologie abstraite scier la tête d’un autre individu au couteau ébréché sans anesthésie. Un journaliste français m’en a fait part en racontant un film tourné en Afrique du Nord où l’on a mis une personne à mort de cette façon atroce parce que le jeune homme s’est juste converti au christianisme.

Les Juifs ont raison de parler de leurs morts parce qu’ils le font au nom de leurs ancêtres qu’ils respectent et aussi pour que cela ne se répète plus. Les Juifs sont une vieille nation très sage qui, grâce à leur perception du monde ont su survivre contre vents et marées et recréer leur propre Etat. Mais lorsque je vois les rabbins commémorer la Nuit de cristal à chaque fois je me demande ; pourquoi est-ce que les gens qui m’entourent ne comprennent pas la vraie portée de cette date la croyant juste une date solennelle ennuyeuse et rituelle ayant trait à un passé révolu ?

Je proteste énergiquement ! Je veux que la nuit de cristal serve d’exemple à tous ceux qui oublient que leurs droits peuvent être bafoués du jour au lendemain et qu’ils peuvent se retrouver avec les jeunes fanatiques à leurs portes en train de briser leurs vitrines et détruire leur vie. Ce message doit être perçu aussi bien par les musulmans français qui défendent leurs droits et qui peuvent se retrouver en position de faiblesse qu’aux Français de souche qui paradoxalement peuvent se retrouver minoritaires sur leur propre sol et soumis à une loi qui les transforment en êtres secondaires, sous protection.

Bref, pour moi la nuit de Cristal appelle tout d’abord à la vigilance. Demandez-vous en votre for intérieur : est-ce que vous vous sentez à l’aise avec les gens qui vous entourent ? Est-ce que vous êtes prêts à vous retrouver dans un quartier où les gens ne partagent pas vos affinités ? Les Juifs, eux, ont fait leur choix en 1938. Les plus audacieux, les plus perspicaces sont partis pour échapper aux violences nazies. D’autres comme les voisins de John Katten, juif américain d’adoption, originaire de la bonne ville de Bamberg, né en 1928, sont restés parce qu’ils croyaient que le pire a été déjà atteint et qu’il fallait juste courber le dos. Ils se trompaient : le pire c’est à dire les chambres à gaz n’était qu’à venir.

Les parents de John ont eu raison de partir et de se retrouver en Amérique. Ils ont su préserver leur famille et échapper au monstre. Lorsque je vois certains Français que je côtoie à la cantine ou dans l’ascenseur, je capte parfois la même terreur que celle des Juifs allemands de 1938. Ces Français parlent de la peur de prendre le métro le soir ou habiter les quartiers noirs. Et je me dis : c’est le syndrome de la Nuit de Cristal. Ces Français sont tout contents de se retrouver à Moscou où ils se sentent à l’abri.

L’autre leçon que l’on tire de l’attitude du peuple juif qui nous a donné à tous la religion chrétienne et, quoi qu’on en dise les bases de l’islam, l’autre leçon, dis-je, est celle de la mémoire. Il ne faut pas oublier ses morts. Ceux qui radient de la liste leurs propres ancêtres comme Charles Martel ou Duguesclin, comme Clovis ou Jeanne d’Arc, disparaîtront à jamais. Leurs descendants ne parleraient peut être plus leur langue après que la Nuit de cristal sera descendu sur leurs petites têtes insouciantes. Mais comme on dit : nul n’est prophète dans son pays. Les Juifs mis à part.

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