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Fabius : le bluff de trop

Fabius : le bluff de trop (info # 022306/15)[Analyse]

Par Stéphane Juffa © MetulaNewsAgency

 

Les temps stratégiques ne sont pas aux concessions territoriales de la part d’Israël, ni à l’ouverture du grand marchandage inévitable avec les Palestiniens ; alors que DAESH prépare une invasion du Liban et qu’al Nosra se trouve déjà aux frontières de l’Etat hébreu dans le Golan, tandis que l’on ignore si la proposition d’accord entre l’Iran et les 5+1 sera ou non présentée à la fin du mois comme annoncé, on n’imagine pas l’exécutif israélien disposé à négocier un retour aux lignes d’armistice d’avant mai 1967 ; celles qui coupent l’autoroute Tel-Aviv – Jérusalem et placent la Méditerranée à 14 kilomètres des frontières d’un éventuel Etat palestinien, rendant ainsi Israël militairement indéfendable.

 

Tout le monde, au Proche-Orient, comprend que les priorités régionales sont actuellement le nucléaire iranien et l’issue de la Guerre Civile Syrienne. C’est pourquoi les membres du Comité arabe de suivi du processus de paix, qui ont reçu Laurent Fabius samedi dernier au Caire, et Mahmoud Abbas, ainsi que Binyamin Netanyahu, qui en ont fait de même, dimanche, à Ramallah et Jérusalem, n’ont pas exactement saisi les motivations du ministre français des Affaires Etrangères.

 

Pourquoi prendre l’initiative de présenter maintenant un plan de paix destiné à résoudre le différend israélo-palestinien, alors qu’il ne recèle aucune idée originale et n’a strictement aucune chance de retenir l’attention de l’une au moins des deux entités en conflit ?

 

Au Caire et à Ramallah, on a écouté Fabius avec politesse, car ce qu’il promène dans sa mallette ne peut que faire pression sur Jérusalem ; à Jérusalem, on l’a, évidemment, écouté d’une oreille agacée.

 

Un plan en trois points, que nous qualifierons de simpliste, pour ne pas être méchants. M. Fabius l’a expliqué lors d’une conférence de presse à Jérusalem ; le 1er point consiste à reprendre les négociations entre Netanyahu et Abbas, ce que les Américains ont tenté vainement d’obtenir, avec des arguments un peu plus lourds que la seule bonne volonté dont le Quai d’Orsay dispose.

 

Phase 2 : convocation d’une conférence internationale réunissant les 5+1, d’autres pays européens et plusieurs Etats arabes, avec l’ "espoir" que cette conférence "assiste les parties lors de leurs négociations directes". Non seulement cela ne veut rien dire, non seulement, dans l’histoire, ce genre de réunions n’a jamais fait avancer les intérêts de la paix d’un seul centimètre, chacun s’y contentant, devant les caméras, de réitérer ses positions, dans leur mouture la plus jusqu’au-boutiste, dans le souci de bien rassurer la population que l’on représente ; mais Israël peut, de plus, difficilement rêver d’un forum qui lui serait plus hostile pour faire valoir ses positions. Cela fait penser à une invitation adressée à un crocodile de se rendre volontairement dans un atelier de maroquinerie.

 

La troisième étape est la plus controversée du projet français : elle prévoit de faire passer une résolution au Conseil de Sécurité, limitant à dix-huit mois la période impartie aux Israéliens et aux Palestiniens pour parvenir à s’entendre définitivement, et surtout, édictant à leur intention les principes sur lesquels devra s’échafauder leur accord.

 

Ces principes – inutile de faire durer les suspens inutiles – s’adresseront presque exclusivement à Israël. Ils prévoiront le retour aux lignes d’armistice de 68 pour y constituer la frontière occidentale de l’Etat palestinien, le retrait de la partie orientale de Jérusalem, et l’acceptation d’un corridor direct entre la Cisjordanie et Gaza. Car, en plus du reste, on demanderait aux Israéliens de reconnaître la bande de Gaza comme faisant partie de la Palestine, quand bien même elle resterait gouvernée par le Hamas, qui prône l’éradication d’Israël et le génocide de ses habitants.

 

Et si Israël refusait de se suicider, à la fin des dix-huit mois de grâce, on pressentirait des sanctions. La moindre d’entre elles, serait la reconnaissance par Paris de l’Etat de Palestine, mais cela pourrait aller, si les Etats-Unis n’opposent pas leur veto à cette funeste mascarade, jusqu’à l’adoption par le Conseil de sanctions économiques et militaires à l’encontre des Israéliens.

 

C’est d’ailleurs sur cette question du veto que se focalise l’unique intérêt de tout le mal que se donne Laurent Fabius pour ridiculiser l’image de la France dans notre partie du monde. Car si l’Administration Obama décidait de ne pas bloquer la route de ce plan, en septembre prochain à l’ONU à Manhattan, l’initiative sans intérêt et outrageusement déséquilibrée qu’il propose, se transformerait en problème existentiel pour Israël.

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il y a lieu de percevoir cette initiative : Paris permet à Washington de régler ses comptes avec Israël avant le départ à la retraite de Barack Obama. Ce soupçon est renforcé par le refus de Samantha Power, l’ambassadrice U.S. à l’ONU, la semaine dernière, lors d’une session du Congrès, de s’engager à faire usage du veto de l’Amérique pour contrer la résolution française.

 

Il est vrai que dans dix-huit mois, lorsqu’il faudra discuter des sanctions à infliger à Israël, M. Obama ne sera plus le pensionnaire de la Maison Blanche, et il existe de très grandes chances pour que son successeur jette la proposition Fabius et tout ce qu’elle implique, dans les poubelles de l’histoire auxquelles elle est destinée.

 

Ce qui précède explique la position du 1er ministre israélien, qui, peu avant de rencontrer Fabius, déclarait en conseil des ministres, que sa proposition ne prenait pas en compte les besoins sécuritaires élémentaires d’Israël, et qu’elle cherchait à "nous parquer dans des frontières qui ne sont pas défendables". Netanyahu, de surenchérir, affirmant que "l’effet de propositions de ce genre se limitait à éloigner les perspectives de paix, car, évidemment, Israël leur résistera, et les Palestiniens n’accepteront jamais de négocier".

 

Il y a lieu de clarifier la fin du commentaire de M. Netanyahu : si les Palestiniens ne négocieront jamais, c’est parce que la proposition française leur promet d’obtenir tout ce à quoi ils aspirent, sans négocier, sans ne rien avoir à concéder, et en voyant Israël se faire sanctionner si elle refuse.

 

J’ajouterai que même si la résolution de Paris est rejetée par le Conseil de Sécurité, ou neutralisée par le prochain président des Etats-Unis, elle aura tout de même eu cet effet préjudiciable, puisqu’elle poussera les Palestiniens à attendre une autre conjoncture politique internationale favorable, pour remettre sur le tapis ce qui "leur aura été promis par le Conseil de Sécurité", et qui fera pour eux, après avoir été présentée à New York par Fabius, office de base de négociation a minima pendant les années à venir.

 

En fait, et malgré les timides dénégations du ministre français des Affaires Etrangères, dès qu’il aura rédigé et soumis son plan au Conseil, aucun exécutif palestinien n’acceptera jamais plus de négociations directes avec Israël.

 

A terme, en considération des relations de force très inégales existant entre l’Etat d’Israël et l’Autonomie palestinienne, la démarche des Français, en rigidifiant durablement les positions de Ramallah, rendant ainsi tout compromis impossible, pourrait aboutir au démantèlement de l’AP et à l’enterrement de la perspective de création d’un Etat palestinien.

 

Ce scénario est d’autant plus plausible que Mahmoud Abbas a fait savoir aux Français qu’il n’interrompra pas – même si leur résolution était acceptée en septembre - les procédures anti-israéliennes qu’il a engagées auprès d’organisations internationales, en particulier à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Or chaque corde possède son point de rupture, cela participe du domaine public.

 

J’assure le lecteur que l’hypothèse que je décris ci-dessus est éminemment plus réaliste que celle brandie par Laurent Fabius, quand il répète, au Caire, à Ramallah et à Jérusalem, qu’ "il existe un risque réel d’explosion entre les parties", et que, "si nous ne faisons rien, la situation peut se dégrader à chaque instant". En considération de ce qui se déroule tout autour du binôme Israël-Palestine, des 300 000 morts en Syrie, des combats qui s’étendent au Liban, du démantèlement de facto de l’Irak et de la Syrie, de la guerre au Yémen, de l’implosion de la Libye, des affrontements incessants entre le régime égyptien et les terroristes islamistes dans le Sinaï, le différend israélo-palestinien prend soudain des allures de partie d’échec au Club Med au bord de la piscine.

 

Mais Fabius et le ministère qu’il dirige sont des adeptes de la théorie également chère à John Kerry, selon laquelle le conflit israélo-palestinien constituerait la mère de toutes les guerres. Pour ces personnes, sans évidemment pouvoir l’expliquer, les affrontements que j’ai cités précédemment sont indirectement causés par la dispute israélo-arabe. Cette fixation leur est imposée par leur incapacité, située au niveau convictionnel, d’imaginer que le conflit millénaire entre chiites et sunnites se poursuit, et qu’il n’a, bien entendu, rien à voir avec Israël. Mais accepter que les musulmans continuent à s’étêter à cause de la succession de Mahomet au XIIème siècle, est au-dessus de leurs forces, et surtout, cela ne convient pas à leur perception du monde. Dans un cas pareil, les gens intelligents modifient leur perception, c’est moins dommageable que d’essayer de changer le monde.

 

A Jérusalem, Binyamin Netanyahu a fait remarquer à son hôte que, pendant qu’ils s’entretenaient, un terroriste palestinien avait poignardé un policier, et que, deux jours plus tôt, un autre avait assassiné un citoyen israélien, sans entraîner de condamnation de la part du ministère de Fabius.

 

Le 1er ministre a fustigé cette attitude consistant à préserver le terrorisme palestinien de toute condamnation. Peut-être Netanyahu ignore-t-il que l’agence de presse semi-officielle de l’Etat français, l’AFP, a officiellement banni l’usage du mot terroriste concernant les individus armés, palestiniens ou arabes, qui s’en prennent systématiquement à des civils juifs. Belle exonération !  

 

En attendant que M. Fabius rentre chez lui s’occuper de la vague d’antisémitisme, à laquelle ses oublis et omissions participent, sans précédent depuis Vichy ; nous, de lui signaler, qu’à cause de sa politique étrangère outrageusement déséquilibrée et de l’incitation incessante à la haine antisémite propagée par ses media, c’est en France que "la situation peut se dégrader à chaque instant".

 

Et de l’avertir, aussi, qu’en tentant de mettre Israël au pied du mur en voulant l’obliger à se suicider sur la base d’une résolution onusienne, il joue, en fait, le tout pour le tout. Souhaitant, en dix-huit mois, forcer Israël à se placer dans une situation d’insigne faiblesse militaire face à ses adversaires iraniens et islamistes en pleines offensives, il utilise l’ultime recours prévu par la communauté internationale : celui d’une résolution contraignante. Netanyahu a évoqué l’idée d’un diktat, et je ne peux que lui donner raison sur ce point ; mais un diktat est incontestablement une forme de violence extrême, de nature à provoquer plus de violence encore en réaction à cette agression.

 

Qu’on se le dise, si cette initiative française passait la rampe du Conseil de Sécurité mais se brisait ensuite sur la détermination d’Israël, la situation de relations "supportables", qui prévalent actuellement entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi entre Français et Israélites, se verront altérées par la force des choses, et de façon définitive. C’est le prix à payer, lorsque l’on entend imposer un choix par la force à un Etat démocratique et énergique, ou à un peuple plurimillénaire, qui sait distinguer ses amis de ceux qui ont mis intentionnellement sa survie en danger.

 

Après la double condamnation et la dégradation d’Alfred Dreyfus, Vichy et la Controverse de Nétzarim, la soumission de cette résolution d’infamie au Conseil de Sécurité rendra la poursuite des relations entre les nations d’Israël et française purement anecdotique. Quant aux Palestiniens, mal conseillés, ils engagent leur destinée sur un seul coup de dés, et ce n’est pas en exploitant les failles de la légalité et de la diplomatie internationales qu’ils obtiendront un Etat.    

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