Commencement et recommencement - David Bensoussan

Commencement et recommencement

David Bensoussan

L’auteur est professeur de sciences à l’Université du Québec

La Genèse s’ouvre par une affirmation d’une simplicité vertigineuse :
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »

Ces quelques mots contiennent déjà une vision du monde.

La Torah nous présente d’abord une origine du temps, puis l’organisation de l’univers, ensuite l’apparition de la vie et, finalement, celle de l’humanité. Il y a donc une succession : le temps, le cosmos, la vie, puis l’être humain.

Cette vision se distingue profondément de celle de nombreuses mythologies anciennes. Dans beaucoup de récits païens, le monde surgit de luttes entre divinités, de rivalités et de conflits qui se répètent indéfiniment. Le cosmos est alors prisonnier d’une sorte de cycle éternel, sans véritable commencement ni direction.

La Genèse nous propose une autre conception.

Il y a un commencement. Et à partir de ce commencement, la Création se déploie selon un ordre.

Mais cet ordre n’est pas simplement linéaire. Il possède également un rythme.

La Création s’organise en jours, en semaines, en saisons, en cycles. Le soleil se lève et se couche ; la lune croît et décroît ; les saisons se succèdent ; la nature naît, croît, se transforme et retourne à la terre.

Il y a donc, au cœur même du devenir, une cyclicité de l’univers.

Mais voici ce qui est peut-être le plus remarquable : le temps cosmique et le temps humain sont synchronisés.

Le monde avance selon ses cycles, et l’être humain avance avec lui.

L’être humain naît, grandit, travaille, engendre, transmet, vieillit et retourne à la poussière. Mais, à travers lui, quelque chose demeure et recommence : une nouvelle génération, une nouvelle histoire, une nouvelle possibilité.

Ainsi, le cycle n’est pas nécessairement une répétition stérile.

La nature recommence, mais l’être humain, lui, se souvient.

Chaque jour ressemble au précédent, mais il n’est jamais exactement le même. Chaque année revient, mais nous ne sommes plus ceux que nous étions l’année précédente. Le monde accomplit ses cycles tandis que l’humanité poursuit son devenir.

Ainsi, la Création est à la fois cyclique dans son rythme et orientée dans son devenir. Et c’est précisément cette articulation entre le rythme du cosmos et le devenir humain que la tradition juive va inscrire dans le calendrier.

Et voici que nous arrivons à Rosh Hashana.

Avec Rosh Hashana, une nouvelle année s’ouvre. Mais ce recommencement n’est pas un simple retour au point de départ.

Nous revenons au commencement, mais nous ne sommes plus les mêmes. Chaque retour nous offre la possibilité de reprendre notre chemin avec une conscience nouvelle.

Et dix jours plus tard vient Yom Kippour, le jour du Grand Pardon.

Entre Roch Hachana et Kippour, le temps devient un miroir. Nous nous retournons sur l’année écoulée et nous nous demandons : qu’avons-nous fait de ce temps qui nous a été donné ? Qui avons-nous été ? Qui avons-nous blessé ? Qu’avons-nous construit ? Et surtout : qui pouvons-nous encore devenir ? C’est le moment de reconnaître le passé, assumer le présent et ouvrir l’avenir, car il est encore temps de réparer, de demander pardon, de pardonner, de transmettre, d’aimer et de devenir.

Les astres suivent leur course. Les saisons reviennent. La nature recommence. Mais l’être humain peut changer. Alors apparaît la dimension profondément humaine du temps. Le cycle du temps n’est pas un cercle qui nous enferme. C’est une spirale qui nous élève.

C’est dans l’atmosphère solennelle de Kippour que l’on se promet de démarrer la nouvelle année avec de nouvelles résolutions morales et éthiques sous l’égide de la spiritualité.

Cela nous ramène à la véritable question qui mérite d’être posée : que ferons-nous du temps qui nous est donné ?

Shana Tova
Que cette nouvelle année nous apporte la force de recommencer, et que le recommencement nous conduise vers un devenir meilleur.

 

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