Lafayette, ce quartier de Tunis où toutes les communautés se mêlaient, avant que tout ça ne disparaisse.
Rue Lafayette, rue d'Isly, rue de Reims. Un quartier né à la fin du XIXe siècle, entre médina et ville moderne, sur des terres appartenant à un caïd juif tunisien, Eliaou Scemama. Mais c'est surtout dans l'entre-deux-guerres qu'il prend vie et devient l'un des visages les plus cosmopolites du Tunis colonial.
En 1956, le quartier comptait 2 670 juifs tunisiens, 5 490 Français et 2 160 Italiens , sans compter les Tunisiens musulmans qui y vivaient aussi.
Chacun avec sa langue, sa religion, ses fêtes. La grande synagogue Art déco, construite en 1938, y côtoyait églises et écoles françaises. Les architectes italiens, comme Salvatore Aghilone, y ont bâti certains des plus beaux immeubles de la ville.
Un ancien habitant du quartier se souvient : les jeunes de Lafayette, tous confessions mêlées, rêvaient d'appartenir à "la bande". Le sport, le tramway, les marchands de tickets, les matchs de volley improvisés dans un jardin transformé en terrain ; un quotidien partagé, sans que la différence de religion ou d'origine ne sépare vraiment les enfants du quartier.
Lafayette, c'était ça : une Tunisie où les communautés ne se contentaient pas de se croiser. Elles vivaient, littéralement, dans les mêmes rues.
