Dédicace à mon analyste - Vanessa De Loya Stauber
Au sortir de l’un de mes colloques au Sénat sur le thème « la quête identitaire et ses écueils », deux personnes m’ont signifiée vouloir entamer une cure avec moi. Je leur ai répondu ne pas pouvoir répondre à leur demande n’étant pas analyste. A Jacques Hassoun j’ai relaté cet épisode qui s'est empressé de me dire mais Vanessa tu peux le faire, tu as un Doctorat en philosophie, une maîtrise en psychologie sociale il te suffit de faire un mémoire en psychanalyse et d’entreprendre une thérapie.
A cette époque je travaillais pour la revue Passages dirigée par Emile Malet. Il préparait un numéro spécial sur : que peut-on attendre de la psychanalyse ? Avec pour mission d’interviewer 15 Analystes. Ma rencontre avec Jean-Pierre Winter de très loin s'est démarquée.
Quand j'ai décidé de démarrer une thérapie je me suis dit voilà ce sera lui ! Sa tête impressionnante d'une extrême beauté et ses propos m’ont poursuivie. Je pensais : son corps rempart me mettra à l’abri d’un transfert ! Erreur de novice…
En rentrant dans son cabinet, maladroitement, j’ai glissé je vous ai choisi sachant que je ne ferai avec vous qu'une saison (clin d’œil à son nom Winter). Il a dû me trouver ignorante du processus et m’a juste souri de son beau sourire.
La thérapie conduite par lui a été ma plus belle expérience. j'ai dû la suspendre quittant la France en l'an 2000 pour la Californie où j'ai vécu 20 ans. Je n'ai eu de cesse de le lire et de le suivre . C'est dire combien il m'a accompagnée.
Hier en apprenant son décès par mon amie Colette Leinman plasticienne et universitaire, j'avoue avoir été surprise par "effet de pétrification dans laquelle son départ m'a noyée.
Dire l'impact qu'il a eu tout au long de mon évolution et ma structure de psychanalyste à laquelle il n’a pas été témoin ayant vécu loin de Paris. Je lui dois beaucoup ayant retenu sa pertinence, son écoute généreuse, ses interventions ponctuées mémorables .
J’aurai voulu lui dire combien Wilfred Bion psychiatre britannique adulé à Los Angeles m’avait ennuyée et dans la relativité l’approche de Serge Leclaire séduite.
Lui relater ma joie en parcourant son livre « Dieu, l’amour et la psychanalyse » duo avec Anne Dufourmantelle, mon amie manquante. Dans cet écrit il s’est attardé sur un athéisme basé sur le tsimstoum d’un D. retiré. Très justement il a pointé « S’il n’ y avait pas l’amour, on serait tous athés » !
Avec Nathalie Sarthou-Lajus, il nous a offert un essai fécond et stimulant « peut-on croire à l’amour ». Echange complémentaire à l’image de la différence sexuelle. L’amour- pour- lavie y est approché par le biais d’un idéal à revoir. Ni parfait ni éternel il nous met sous tension, toujours à la recherche d’une dynamique, d’une ardeur à maintenir, d’une renaissance à découvrir pour contourner toute désillusion.
Son livre majeur reste « les errants de la chair » où il rectifie l’axiome de Freud affirmant l’hystérie, spécifiquement féminine, liée à sa racine grecque hystéra, utérus. Symptome basé sur des traumatismes sexuels refoulés et sur le complexe d’oedipe.
J.P Winter révèle une nouvelle catégorie d’hommes hystériques : les Don- Juan, séducteurs insastisfaits qui regardent la femme d’en face et oublie celle à leur côté !
Sa position contre l’homoparentalité lui valut d’être taxé d’homophobe alors qu’il n’a jamais remis en question l’homosexualité, juste constaté les dégats imputables au manque de père.
En bon Lacanien il savait combien la fonction paternelle n’est autre qu’une fonction structurante de la subjectivité à construire par le langage et la loi.
Qu’est-ce qu’un père sinon un opérateur symbolique…Ce Nom- du-Père qui crée une coupure en séparant l’enfant de la fusion d’avec la mère. Dans « l’avenir du père » J.P Winter suggère de réinventer la place du père effacé par la société. Selon lui, le père transmet symboliquement la relation à l’autre qu’il nomme « l’altérophilie ».
Elle permet de s’extraire de la violence originelle. Le père nous donne des limites et nous protège de nos propres pulsions.
En cette période tumultueuse, il avait saisi qu’il fallait revenir à la loi, celle qui proclame l’interdit de l’inceste, à savoir l’interdit du meurtre soutenu par une certaine idéologie rampante.
Vanessa De Loya Stauber, psychanalyste.
