Les années 80 étaient-elles vraiment aussi cool qu'on le dit ?
J’ai vécu deux épiphanies technologiques dans ma vie, accompagnées de froid dans le dos, d’excitation, d’incapacité à me concentrer sur autre chose pendant des heures, non, des jours, et de tout le tremblement, littéralement.
L’une est récente, lorsque j’ai découvert les possibilités aussi stupéfiantes qu’inquiétantes de systèmes IA tels que ChatGPT ou Gemini. Sentiment de pouvoir. Avant-goût de souriante servitude.
L’autre date des années 80, lorsque je me suis servi pour la première fois d’un ordinateur, en l’occurrence d’un Macintosh. J’ai senti s’ouvrir devant moi un univers de possibilités, un authentique pouvoir personnel. Cette machine et ses logiciels, dont Excel version 1, étaient cools. Du coup, j’avais l’impression de l’être aussi en tant qu’utilisateur, puis propriétaire (ruiné pour le coup; mon premier Mac m’a coûté 4500 francs suisses d’occasion). Du coup, les années 80 étaient cools aussi.
Années 80 où nos débats ressemblaient encore à des conversations plutôt qu’à des engueulades. Cool.
Années 80 où le monde était encore divisé en “sphères d’influence” américaine et soviétique — pas cool — mais qui eurent le temps de détruire le Mur de Berlin avant de céder leur place aux années 90 — cool.
Années 80 mêlant sexualité libérée — cool — et élans assagis, voire étouffés pour certains, par la peur du sida — pas cool. Il a fallu attendre l’arrivée du Covid pour ressentir une angoisse comparable.
Années 80 moins créatives et plus électroniques sur le plan musical — pas cool, mais à de nombreuses exceptions près. Explosion d’effets spéciaux au cinéma — cool visuellement, pas cool pour les scénarios.
Années 80 plus libérées sur le plan humoristique, en tout cas en Francophonie — cool — mais encore peu réceptives aux nuances identitaires — pas cool.
En somme, la coolitude des années 80 était surtout électronique et ambiguë.
