Une journee au mois d'aout, entre La Goulette et Gammarth - Jose Boublil

Une journee au mois d'aout, entre La Goulette et Gammarth - Jose Boublil

 

 

Regulierement je revois ces images de ce temps unique de nos vacances tunisiennes. On s'eloigne de ce temps, mais les photos n'ont pas jauni , les couleurs sont toujours fraiches, vives , emplies de joie.
Chacun d'entre nous porte avec lui sa camera virtuelle et promene son regard sous un angle different .
Mais, vu de 10 metres au-dessus du sol, la scene est invariante. C'est connu, les tunes n'aiment pas beaucoup les grands changements. Ce sont des sedentaires du Kif.

Il est environ 10 heures et demie, et je viens de terminer mon tres rapide petit dejeuner pour rejoindre la meute pacifique de la celebre buvette de Kherredine. Sous 38 degres a l'ombre j'avance pour faire les 150 metres du parcours maison/ buvette.

J'ai le temps d'admirer des deux cotes de la rue les jardins discrets et de passer devant la fameuse maison des Hoze, un batiment de style local des annees 20 ou 30 d'un charme fou. Quelques metres et j'y suis.
Je passe le court muret qui separe la chaussee du sable, et me voila face au cafe de Flore version chlakas et hurlements . La buvette est pile face a moi, et ca grouille tout autour de consommateurs de coca, fanta, boga, salah el meddeb, et biere Celtia.

Ca crie beaucoup, pour commander ou pour parler plus fort que le voisin. Le boss et son acolyte distribuent les liquides contre argent sonnant et trebuchant, ou bien souvent contre une ligne de plus sur le calepin du patron , a valoir d'ici la fin des vacances.

Ca grouille de partout, et il y a un air de Samba do Brasil: les occupants sont de toutes les couleurs, depuis les quasi martiniquais jusqu'aux pauvres rouquins, dont le seul moyen de ne pas s'effondrer
avec des brulures au troisieme. degre devaient se tartiner une enotme couche de creme, qui n'est pas forcement ce qui attire le plus les filles en fleur.

Cette agitation, a cette heure, reste correcte , en tout bien tout honneur: les mamans ne sont pas loin et veillent au grain.

On sort vite de ce tourbillon fatigant, pour regarder les differents groupes autour du pivot central.
Sur la droite, en s'avancant a peine vers la mer, c'est le groupe des beautes de la cinquantaine.
Ce sont toutes les amies de ma mere, qui connaissent avant Trump ses actions au Groenland. Toutes sont magnifiquement belles et plutot reservees. Dans ce coin, ca ne crie pas . En revanche, ce sont toutes les meres des plus grands agites.

Un cran devant elles, se tiennent les stars des raquettes de plage, Pierrot , Roger, Claude, Mike, Bibal, Miko, Zitron, Jeannot, qui se relayent et font le spectacle, pour ceux qui auraient loupe Wimbledon. Les coups sont secs, oles gestes purs. Et les echanges peuvent etre longs.

Parfois, l'une des filles du Rabbin Loubavitch de la station venait echanger quelques balles , avec beaucoup d'elegance , avec l'un des acteurs de la scene.

A peine un ou deux metres a fleur d'eau une dizaine de sportifs bien muscles , repartis en deux equipes,
organisaient le volley du matin. Les cris bien sur, parfois pour etre retombe sur un debris d'oursin ou une pierre tranchante . Les parties sont interminables , et comptent quelques joueurs d'excellence; certains ont joue en equipe nationale .

Ce niveau attire evidemment le spectateur oisif mavec son boga cidre.
Pour finir le travelling cote droit, il y a un tres grand espace de sable , tant en largeur qu'en longueur pour les adeptes du foot. Enormement de tres bons joueurs aussi , sur ce rectangle de 5 ou 6 mmetres sur une bonne trentaine de metres. Sur ce bout de sable se rencontrent plusieurs generations , de 20 a 35 ans. Mon prefere, c'est mon cousin Nani, trop elegant dans ses gestes. Et Tati, Coco, Baby, Gilles, Laurent, Patrick Sarfat , Guilou Krief et les autres.

Que des acharnes . Des gagneurs.

Retour un instant face a la buvette. Tout le coin gauche , tres large est occupe par plusieurs petits groupes . Une bonne partie est allongee au trois-quart sur le sable, la tete reposant sur le mur d'un blanc eclatant de la maison des Lasry. Plusieurs autres groupes papotent tranquilement .

Bien entendu, on sent bien qu'il manque un peu de piment dans ce decor bruyant mais supportable.
Il s'agit de la tres celebre armee de marchands ambulants. L'un est specialise dans les kakis,trois autres dans les cacahuetes , amandes grillees et pistaches, et le dernier pour les frogolos ( glaces garanties colorants E338, E 256, Z 122, C 305).

Chacun est litteralement deguise, selon son origine regionale ou de quartier. Officiellement, il n'y a ni Mahmoud, ni Abderazzak, ni Moncef. Ils ont des noms de guerre, et personne ne sait quand ils ont ete declares a l'Etat Civil. Le plus grand -immense- et maigrichon s'appelle " la perche".Le second, un vieux monsieur discret se nomme " oui oui", pour dire qu'il est toujours de bonne composition.

Le troisieme c'est " Ravaillac" , bien qu'il n'ai jamais eu affaire a la police des siecles precedents.
Comme pour toutes les transactions du coin, ces marchands avaient sur eux leurs calepins pour les tres nombreux consommateurs qui avaient besoin d'un credit fournisseur de plusieurs semaines.Je vous passe les quelques discussions epiques de fin aout autour des pages de ces carnets.

Generalement, cette sequence se terminait autour de 13h30/14h , pour une grosse transhumance de Kherredine/ la buvette vers La magnifique plage de La Vague a Gammarth. 

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