LA LIBERATION DE LA TUNISIE, 7 mai 1943 - Par Avraham Bar-Shay

LA LIBERATION DE LA TUNISIE, 7 mai 1943 - Par Avraham Bar-Shay

 

  • Deux instantanés pris, à cinq secondes d'intervalle, (photos d'écran) sur un clip sur la LIBERATION DE LA TUNISIE, contiennent, à mon avis, tout ce qu'a ressenti la Communauté Juive, à la libération de la Tunisie.

       - Un soldat Allié, le dos au photographe, il était surement très fier.

       - Un jeune Juif qui décroche l'infamante étoile jaune de sa veste, la présente au "Libérateur" puis la jette par terre et l'ECRASE sous sa chaussure, avec joie et mépris.

       - Non, cette étoile à 6 branches n'était plus l'Etoile de David, mais celle de l'humiliation et de la souffrance.

       - Les sourires des jeunes gens qui cadrent la photo expriment l'Euphorie de la scène.

 

Abraham Bar-Shay (Ben-Attia)

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Pendant l'occupation de la Tunisie par les troupes de l'Axe, et alors que l'Amiral Esteva est le Résident Général de France en Tunisie, le 1er Janvier 1943 Moncef Bey (1880-1948) remplace le gouvernement de Hédi Lakhoua (grand vizir), Abdeljelil Zaouche (ministre de la justice) et Habib Djellouli (ministre de la plume) par un nouveau gouvernement dirigé par M'hamed Chenik (1889-1976), associant des destouriens dont Mahmoud Materi et Salah Farhat. Ce 1er Janvier 1943, Moncef Bey fit preuve d'un très grand courage politique. En effet,

les hommes de ce gouvernement de M'hamed Chenik n'ont pas une grande sympathie pour le nazisme, le fascisme et le pétainisme. En particulier, Mahmoud Materi, nommé Ministre de l'Intérieur dans ce gouvernement a été membre du Parti socialiste en France, membre de la Ligue des Droits de l'homme et de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme, et membre fondateur du Néo-Destour au Congrès de Ksar Hellal en 1934. De plus, pendant ses études de médecine en France (1920-1926), le Dr Mahmoud Materi avait collaboré à plusieurs journaux dont Le Progrès de la Côte-d'Or, Le Rappel socialiste et Le Populaire de Paris.

 

voici deux passages du livre   "Histoire des Juifs de Tunisie-Des origines à nos jours" par Paul Sebag, publié par  l'Harmattan en 1991

PAGE  242:        "Contrairement aux Juifs de la plupart des pays qui ont connu l'occupation allemande, les Juifs de Tunisie ne furent pas astreints au port d'une étoile jaune….."

PAGE  244 et suivantes:        "De son côté, le Bey MONCEF, qui avait succédé au  Bey AHMED, décédé le 19 Juin 1942, avait plus d'une fois signifié que tous ses sujets, qu'ils fussent musulmans ou juifs, avaient droit à sa sollicitude…."

Paul Sebag ajoute:
         " Au cours de la visite que le Résident général de France fit à Moncef Bey, en son Palais de La Marsa, le 24 Juin 1942, le souverain tint à affirmer que sa haute sollicitude était aquise à toute la population de la Régence. LE PETIT MATIN du 25 Juin 1942, en publiant le communiqué officiel en première page en caractères gras, lui donna le sens d'une manifestation d'amitié à l'égard des Juifs."
.

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Prière adresser à Abraham Bar-Shay ces témoignages des frères Zmerli

qui contredisent le port de l'étoile jaune à Tunis :

1
Tunisie Moncef Bey et les Juifs
par Adnan et Saadeddine Zmerli
In "Réalités", hebdomadaire tunisien, n° du 13 mars 2009
Sadok Zmerli, le célèbre homme de lettres tunisien, était l’ami intime et le Directeur
du Protocole du grand monarque Moncef Bey. Ses enfants Adnan, ancien doyen de la Faculté
des Sciences de Tunis, et Saadeddine, chirurgien urologue et Premier président de la Ligue
Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme, témoignent d’un moment crucial et peu
connu de l’histoire de la Tunisie : les rapports de Moncef Bey avec la communauté juive de
Tunisie.
Ce sujet, qui nous tient à coeur, a été notamment abordé dans une publication récente,
“Feuilles volantes1” où tout un chapitre a été consacré à l’évocation de “L’esprit de
Cordoue”, que Jacques Attali vient de nous rappeler dans un de ces derniers ouvrages : “La
confrérie des éveillés2”. Parmi les nombreux exemples retenus pour illustrer l’esprit de
Cordoue figure «le comportement digne et responsable de Mohamed V et de Moncef Bey
pendant la seconde guerre mondiale, qui ont refusé de faire appliquer les lois iniques contre
les Juifs, promulguées par le Maréchal Pétain3».
Ce sujet a d’ailleurs fait l’objet d’un débat, le 24 février 2008, à l’occasion du «Maghreb des
livres», qui s’est tenu à la Mairie du 13ème arrondissement, à Paris.
Réprobation des lois raciales
Le comportement de Moncef Bey vis-à-vis de la communauté israélite tunisienne n’a
toutefois pas eu jusqu’à présent, nous semble-t-il, suffisamment d’écho. C’est pourquoi nous
avons jugé opportun et nécessaire d’apporter notre contribution, en toute modestie, à la
recherche de la vérité historique, car nous bénéficions, en la circonstance, de deux atouts
majeurs ;
— nous avons très bien connu Moncef Bey, dont notre père, Sadok Zmerli, a été tout à la fois
un des amis intimes, un des conseillers les plus fidèles, la plume et le Directeur du protocole.
— nous avons été les témoins particulièrement attentifs de toutes les péripéties survenues au
cours de son règne (19 juin 1942 – 13 mai 1943).
Examinons ensemble le déroulement des événements en deux temps, avant l’arrivée des
Allemands et pendant leur présence en Tunisie.
Lors de son intronisation, le19 Juin 1942, Moncef Bey appelle Maitre Albert Bessis pour le
faire asseoir à ses côtés, «attitude que l’on est en droit de considérer comme ouvertement
réprobatrice des lois raciales en vigueur4».
Quelques jours plus tard, il déclare solennellement aux délégations des communautés juives
venues lui rendre obédience qu’il ne fera aucune distinction “entre ses enfants musulmans et
israélites5”. Cette déclaration suscite l’espérance chez les Israélites et jette la consternation
dans les milieux racistes et le doute au sein de l’administration coloniale. Cet événement a fait
l’objet d’un commentaire dans Le Petit matin du 26 juin 1942.
En intervenant personnellement auprès du Résident général de France, l’Amiral Esteva, et
auprès des services concernés par l’intermédiaire de son frère, le Prince Hassine, et de son
Directeur du Protocole, Son Altesse Moncef Bey manifeste clairement son opposition à
l’application des lois iniques de Vichy contre les Juifs. En agissant ainsi, et en le faisant
savoir, il souhaitait certes redorer le blason de la famille husseinite entaché par son
prédécesseur qui avait avalisé l’instauration des lois raciales de Vichy en Tunisie, mais il
voulait également faire entendre raison à des sujets susceptibles d’être induits en erreur par
2
une propagande lancinante et fallacieuse. Et surtout il était guidé par l’impérieux devoir
d’aider, de secourir et de protéger toute une communauté tunisienne exposée à tous les périls.
Dialectique politique
En octobre 1942, il reçoit Hooker Doolittle, Consul général des Etats-Unis. Le Ministère des
Affaires étrangères en France est aussitôt avisé, par un télégramme chiffré parti de la
Résidence, de la rencontre, des intentions politiques et démocratiques de Moncef Bey et de la
présence de médecins juifs à la Cour beylicale, nombreux et influents.
Parallèlement, tout en proclamant sa fidélité à la France et au Maréchal Pétain, Moncef Bey
s’emploie à réclamer l’accession des Tunisiens à tous les emplois publics et le retour à
l’application stricte du Traité du Bardo (12 mai 1881), vidé de son contenu par la Convention
de la Marsa (8 juin 1883), instaurant l’administration directe. A cette fin, un mémoire de six
pages incluant seize revendications a été transmis au Maréchal de France en août 1942. Ce
document porte l’empreinte de la dialectique politique et du mécanisme intellectuel des
«Jeunes Tunisiens». Ce mémorandum a fait l’objet de la part de Roger Letourneau d’un
excellent résumé6, qui a été repris à son compte par Saïd Mestiri7.
La réponse à cette missive fut loin d’être à la hauteur des espérances suscitées. Elle fut même
décevante.
Le Professeur Robert Satloff8, qui, selon un article de Pierre Assouline, «a fait une vaste
enquête historique sur le sujet, critiquant les sources, replaçant chaque action individuelle
dans le contexte de l’attitude des autorités locales vis-à-vis de Vichy et des Allemands, et
interviewant des centaines de personnes dans 11 pays de Casablanca à Beyrouth» 9, ignore
cependant Moncef Bey et focalise son attention sur M’Hamed Chenik, son Premier Ministre.
A ce propos une mise au point s’impose, car à partir de la constitution du Gouvernement
Chenik, la décision de Moncef Bey de protéger la communauté israélite tunisienne acquiert un
caractère collégial et étatique. L’ensemble du Gouvernement, des membres de la famille
Beylicale et des hauts fonctionnaires y ont solidairement contribué. Et en particulier :
— tous les Ministres : M’Hamed Chenik, le Premier Ministre, Hammadi Badra, son directeur
de cabinet, le Docteur Mahmoud Materi, Ministre de l’Intérieur, Aziz Djellouli, Ministre des
Habous, Salah Farhat, Ministre de la Justice etc ;
— les frères du Souverain, les Princes Hachemi, Hassine et M’Hamed, son beau-frère Chedly
Hayder et plus que probablement le Bey du Camp, le futur Lamine Bey ;
- de nombreux hauts fonctionnaires : Mohamed Kacem, Sadok Zmerli et de hauts gradés de la
Garde Beylicale, dont le Général Amor Mokkadem.
La détermination des autorités tunisiennes
La présence des troupes allemandes va bouleverser l’échiquier politique de la Régence.
L’Amiral Esteva lui-même changera de statut : de protecteur il deviendra à son tour protégé,
reléguant Son Altesse Le Bey dans le rôle de sous-protégé. Il aura fallu de la volonté, du
courage, de la détermination et même de l’obstination aux Autorités tunisiennes pour tenir le
bon cap et poursuivre la politique protectrice qu’elles avaient volontairement choisie.
L’Amiral Résident général n’ayant pas hésité à outrepasser ses prérogatives en prenant
unilatéralement des décisions à l’encontre de la communauté juive tunisienne, le
gouvernement Chenik n’a pas eu d’autre alternative que d’utiliser tous les moyens dont il
disposait et toutes les opportunités qui se présentaient, pour les entraver.
Nous disposons, pour brosser le tableau de la situation de la Régence pendant l’occupation
allemande, de deux ouvrages incontournables : “Le livre blanc tunisien” du Docteur
Mohamed Abou-Lahrass, alias Abed Bouhafa, et “Maghreb, la traversée du siècle” de Juliette
Bessis.
3
«La neutralité tunisienne s’affirma dans les actes» ; «l’échec de la diplomatie italienne dans
son offre d’indépendance au souverain» ; «l’opposition à la mobilisation de la main-d’oeuvre
tunisienne au profit des forces de l’Axe», et «le refus catégorique de servir la propagande
allemande en flétrissant les bombardements alliés», tels sont les sujets délicats traités avec
conviction et beaucoup de talent par Abed Bouhafa, journaliste très bien introduit dans les
milieux anglo-saxons.
Juliette Bessis, reconnue pour sa compétence comme une des spécialistes de Moncef Bey et
du Moncéfisme, a mis en exergue le rôle de Hassine Bey, éminence grise de son frère, le
Souverain, et cheville ouvrière de la cour beylicale, Hassine Bey, qui, selon nous, inspirait de
la crainte à l’Amiral Esteva et suscitait même chez lui un certain malaise. «Défenseur du trône
et partisan d’une monarchie constitutionnelle, nous précise-t-elle, il sera le seul avec Thaâlbi à
refuser obstinément de recevoir Rudolph Rahn, le ministre d’Hitler» 10. Elle nous confirme
grosso modo les prises de position de Moncef Bey évoquées par Abed Bouhafa. Elle s’insurge
contre la remise de décorations aux dignitaires allemands, alors qu’Abed Bouhafa souligne
avec beaucoup d’insistance que c’est contraint et forcé que le Bey a été obligé de s’exécuter,
après avoir suivi la procédure imposée par le Traité du Bardo, espérant ainsi atténuer les
conséquences politiques, qu’il savait désastreuses, d’un tel geste.
«On se demande, écrit-elle, dans ces conditions par quelle aberration et aveuglement
politique, le Bey et ses ministres décorent, au cours d’une cérémonie, que les Alliés ne
pardonneront pas, les hauts dignitaires civils et militaires de l’Axe […] tout confirme – mais
n’excuse rien – les pressions avérées de la Résidence» 11. Ces décorations ont eu des
conséquences plus que néfastes. A qui pourrait-on faire croire que l’attribution de ces
décorations est étrangère à l’attitude du Général de Gaulle : aucune initiative en faveur du
Bey, aucune référence dans ses Mémoires ? Elle pourrait expliquer aussi pourquoi de jeunes
Juifs ont conspué Moncef Bey quand il a été ramené de force à Tunis, dans des conditions
inqualifiables, après la libération d’Hammam-Lif.
La gratitude de la communauté juive
A l’annonce de la défaite des troupes de l’Axe, un vent de panique a soufflé sur la
communauté juive tunisienne, craignant le pire et anticipant des actes inconsidérés de la part
des troupes allemandes au cours de leur retraite sur le Cap Bon. Il se développa, à ce momentlà,
un mouvement de solidarité dont la Tunisie peut s’enorgueillir.
Un grand nombre de familles musulmanes n’ont pas hésité à ouvrir leur porte et à accueillir
chez eux, pour les protéger, leurs concitoyens et concitoyennes de confession israélite. Meyer
Zakine, notre soutien scolaire pendant nos études primaires, a trouvé refuge chez nous, à
Hammam-Lif. Ces faits n’ont pas été rapportés par les uns ou les autres, du moins très
rarement, probablement par pudeur.
Déposé, sans égard et illégalement par l’autorité française du Protectorat chargée d’assurer sa
protection et celle de la famille Husseinite, Moncef Bey fut conduit, sans ménagement par le
général Juin, alors Résident général par intérim, à l’aérodrome d’El Aouina pour un exil en
Algérie puis à Pau en France. C’est dans cette ville «que des représentants de la communauté
juive d’Alger, conduite par le Grand Rabbin, sont venus, comme le précise Saïd Mestiri,
rendre visite à Moncef Bey pour le remercier de la bienveillance et de la protection qu’il a
accordées aux Juifs tunisiens pendant l’occupation allemande» 12. Témoignage aujourd’hui
irrécusable du comportement d’un Souverain digne vis-à-vis de tous ses sujets, «Un souverain
courageux, loyal et chevaleresque13».
Notes
1 ZMERLI, A. : Feuilles volantes, Déméter, Tunis 2008. 175 pages.
4
2 ATTALI, J. : La confrérie des éveillées, Fayard, Paris 2004. Avertissement, premier
paragraphe.
3 ZMERLI, A. : Feuilles volantes, op. cit., p. 47.
4 BESSIS, J. : Maghreb, la traversée du siècle, L’Harmattan, Paris 1997, p. 153.
5 ABOU- LAHRASS, M., alias ABED BOUHAFA : Le livre blanc tunisien, Tunis 1946, pp.
15-16.
6 Le tourneau, R. : Évolution politique de l’Afrique du Nord musulmane 1920-1961, Armand
Colin, Paris 1962, p. 98.
7 MESTIRI, S. : Moncef Bey, Sud Éditions, Tunis 2008, p. 75.
8 SATLOFF, R. : Among the Righteous: Lost Stories from the Holocaust’s Long Reach into
Arab Lands (Parmi les Justes: histoires perdues de l’Holocauste dans les pays arabes),
PublicAffairs, New York 2006, 251 pages.
9 Assouline, P. : Le premier « Juste » arabe, Le Monde2 (Paris), 9 juin 2007, p. 16.
10 BESSIS, J. : Maghreb, la traversée du siècle, op. cit, p. 151.
11 BESSIS, J. : Maghreb, la traversée du siècle, op. cit, p. 152.
12 MESTIRI, S. : Moncef Bey, op. cit., p. 320.
13 ZMERLI, S. : Espoirs et Déceptions (en) Tunisie 1942-43, Maison Tunisienne de
l’Edition, Tunis 1971. 4ème de couverture.

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